Il y a quelque chose de très intéreressant dans ce métier : c'est son aspect cyclique.
Tout est ordonné, cadré et organisé de façon temporelle.
Et oui, si on observe bien : nous fonctionnons (verbe spécial prof) de façon répétée tout au long de notre carrière.
Il y a trois heures par demi-journées de classe
Il y a deux journées dans une journée d'école
Il y a quatre jours de classe dans une semaine.
Il y a entre cinq et neuf semaines dans une période
Il y a cinq périodes dans une année scolaire
Il y a deux ou trois années par cycle d'apprentissage
Il y a trois cycles dans l'enseignement primaire
etc...
Nous arrivons à la fin de l'année scolaire.
Les élèves de CM1 auront subi le 4 juillet :
- 288 heures de français
- 180 heures de maths
- 108 heures de sport
- 54 heures d'anglais
- 78 heures de sciences
- 78 heures de culture humaniste (arts, histoire de l'art)
- 78 heures d'histoire géo
Pour un total de 864 heures d'enseignement.
Gloups
Vous avez dit "c'est énorme!"
Détrompez-vous, ça passe très vite!
La lourdeur des programmes fait peur et l'enseignant se laisse très vite déborder.
C'est pour cela qu'en fin d'année, un phénomène très particulier fait son apparition chez les enseignants ; un phénomène psychologique ponctuel dont les premiers symptômes font surface vers le mois de mai. je parle bien sûr du "Coup de pied aux fesses"!
En salle des maîtres, certaines phrases typiques se font entendre :
- "Plus qu'un mois, et j'ai même pas commencé les nombres décimaux!"
- "La remise des livrets est dans trois semaines, qu'est-ce que je vais mettre dedans!"
- "Quand je pense à toutes les évals que je vais devoir corriger"
- "Et Lucie elle ne sait toujours pas lire"
En cours de récréation, les enseignants en service de surveillance en profitent aussi :
- "Nous sommes en mai et tu ne sais toujours pas que les toupies Bey Bled sont interdites!"
- "RANGEZ-VOUS, je le dis depuis le début de l'année, c'est quand même pas compliqué!"
En classe, vous sentez déjà une sorte de relâchement, les élèves sont fatigués.
Mais un autre phénomène, plus agréable celui-là, fait son apparition en fin d'année : la prise de conscience que vos élèves ont grandi.
- Non, vos élèves ne mettent plus vingt minutes pour sortir leur ardoise.
- Oui, vos élèves ont compris qu'il fallait lever le doigt pour prendre la parole.
- Il faut désormais une demi-heure pour une leçon de français et non plus une heure et demi.
- Vos élèves ne vous demandent plus si il faut souligner en bleu ou en rouge.
- Oui, vos élèves pensent à écrire leur prénom sur leurs copies.
- Vos élèves n'ont plus envie d'aller aux toilettes cinq minutes avant la récréation.
Et toutes ces petites choses qui paraissent pourtant anodines, vont vous permettre de réaliser pour la première fois, une chose qui, jusqu'ici vous paraissait impossible : vous asseoir à votre bureau!
La fin de l'année, une période éphémère qui ne durera pas (car il faudra tout recommencer à la rentrée)
Malheureusement, toute cette chaîne de bonheur sera brisée un beau jour de juin lorsqu'un élève viendra à votre bureau, tout penaud, et vous glissera un doux secret dans l'oreille :
"Maître, .................................... je crois que j'ai fais pipi............."
Perles des élèves, des parents, des collègues, anecdotes, tout y passe !
Perles des élèves, des parents, des collègues, anecdotes, tout y passe !!!
Professeur des écoles, le "plus beau métier du monde" dit-on! Le métier rêvé des enfants.
Pour y arriver : quelques années d'études, un concours plutôt difficile (si si!) et une formation très insuffisante.
A travers les "VDM" des élèves (en hommage au désormais célèbre site web), ce blog raconte le quotidien d'un jeune prof qui débute dans le métier.
Professeur des écoles, le "plus beau métier du monde" dit-on! Le métier rêvé des enfants.
Pour y arriver : quelques années d'études, un concours plutôt difficile (si si!) et une formation très insuffisante.
A travers les "VDM" des élèves (en hommage au désormais célèbre site web), ce blog raconte le quotidien d'un jeune prof qui débute dans le métier.
samedi 11 juin 2011
jeudi 19 mai 2011
Louis Croix Batôn V
Moi de mai, évaluation d'histoire portant sur le roi Louis XIV.
La question était : "Quel était le surnom de Louis XIV?"
Voici plusieurs des réponses obtenus :
- Le roi du soleil
- Le roi qui pue
- Le roi fainéant
- Le roi qui s'habille en fille
- Louis XVI
mercredi 11 mai 2011
Charles Perrault a 400 ans
- "Nous venons de lire 'Barbe Bleue' de Charles Perrault. Connaissez-vous d'autres contes écrits par cet auteur"
- Réponse d'un élève : "Tom-Tom et Nana"
mercredi 20 avril 2011
Les stages de remise à niveau
Depuis 2008, l'Education Nationale fait le pari ambitieux d'encadrer des élèves de CM1 ou de CM2 en très grosse difficulté pendant les vacances scolaires. L'idée est plutôt bonne. Les stages de remise à niveau se déroulent donc sur trois sessions :
15 heures....
moins les récréations 12h30...
12h30...
Pensez-vous qu'il est possible , en 12h30, de réaliser cette mission : "remettre à niveau" des élèves qui ont parfois plus de deux ans de retard sur le programme?
Chaque enseignant partira du principe que cela paraît difficile, sans être complètement pessimiste.
Pour la première fois, durant ces vacances de printemps, j'ai décidé d'arrondir mes fins de mois en participant au stage de remise à niveau.
Lundi : arrivée des élèves. Je ne les connais pas, ils viennent d'une autre école. Au préalable, j'ai reçu un document de leur enseignante détaillant la nature des difficultés :
"Bonjour, voici 6 élèves de CM1 qui ont de lourdes difficultés en conjugaison et en numération. Merci de travailler avec eux, les quatre opérations (addition, soustraction, multiplication, division) ainsi que tous les temps de conjugaison au programme de CM1 à savoir : présent, passé simple, passé composé, futur, imparfait, impératif"
12h30.....
Je repose ma question : Pensez-vous qu'il est possible , en 12h30, de réaliser cette mission : "remettre à niveau" des élèves qui ont parfois plus de deux ans de retard sur le programme?
Chaque enseignant partira du principe que cela paraît difficile, sans être complètement pessimiste.
Et bien nous y voilà!
Première étape : une petite évaluation des compétences, pour mesurer l'ampleur du problème.
- Natasha?
- Oui?
- 15 + 3?
- 20!
(Aïe)
- Sylvain?
- Oui?
- Conjugue-moi le verbe être au présent de l'indicatif.
- Facile!(ouf!) j'être, tu êtres, il être, nous êtrons...
(Re-Aïe)
Vous comprendrez aisément que, même s'il s'agit d'une très bonne intention, 12h30 de stage de permettront pas de relever la barre! Pour ces élèves, la notion même de la conjugaison leur est étrangère! En ce qui concerne les opérations, nous sommes à ras des pâquerettes!
Et pourtant...
Vendredi, dernier jour de stage. C'est à peine croyable. En 12h30, les élèves ont appris à faire les quatre opérations. Sylvain fait des divisions sans se tromper, Lucie fait la différence entre le passé et le futur, Natasha connaît ses tables de multiplication...
A la sueur de mon front, nous y sommes arrivés!
Pour les valoriser, j'ai l'idée de refaire l'évaluation de lundi. ils se rendront compte d'eux-mêmes des progrès accomplis :
- Natasha?
- Oui?
- 15 + 3?
- Alors je pose 15, je met le "+", je met 3. "5+3=10" Je pose 0, je retiens 1. "1+1=2". Donc ça fait 20!
(Aïe)
- Sylvain?
- Oui?
- Conjugue-moi le verbe être au présent de l'indicatif
- Donc, le prészent c'est quand ça se passe maintenant : j'étais, tu étais, il était...
Rien n'est jamais gagné!
- une semaine pendant les vacances de printemps ;
- la première semaine de juillet ;
- la dernière semaine des vacances d'été.
15 heures....
moins les récréations 12h30...
12h30...
Pensez-vous qu'il est possible , en 12h30, de réaliser cette mission : "remettre à niveau" des élèves qui ont parfois plus de deux ans de retard sur le programme?
Chaque enseignant partira du principe que cela paraît difficile, sans être complètement pessimiste.
Pour la première fois, durant ces vacances de printemps, j'ai décidé d'arrondir mes fins de mois en participant au stage de remise à niveau.
Lundi : arrivée des élèves. Je ne les connais pas, ils viennent d'une autre école. Au préalable, j'ai reçu un document de leur enseignante détaillant la nature des difficultés :
"Bonjour, voici 6 élèves de CM1 qui ont de lourdes difficultés en conjugaison et en numération. Merci de travailler avec eux, les quatre opérations (addition, soustraction, multiplication, division) ainsi que tous les temps de conjugaison au programme de CM1 à savoir : présent, passé simple, passé composé, futur, imparfait, impératif"
12h30.....
Je repose ma question : Pensez-vous qu'il est possible , en 12h30, de réaliser cette mission : "remettre à niveau" des élèves qui ont parfois plus de deux ans de retard sur le programme?
Chaque enseignant partira du principe que cela paraît difficile, sans être complètement pessimiste.
Et bien nous y voilà!
Première étape : une petite évaluation des compétences, pour mesurer l'ampleur du problème.
- Natasha?
- Oui?
- 15 + 3?
- 20!
(Aïe)
- Sylvain?
- Oui?
- Conjugue-moi le verbe être au présent de l'indicatif.
- Facile!(ouf!) j'être, tu êtres, il être, nous êtrons...
(Re-Aïe)
Vous comprendrez aisément que, même s'il s'agit d'une très bonne intention, 12h30 de stage de permettront pas de relever la barre! Pour ces élèves, la notion même de la conjugaison leur est étrangère! En ce qui concerne les opérations, nous sommes à ras des pâquerettes!
Et pourtant...
Vendredi, dernier jour de stage. C'est à peine croyable. En 12h30, les élèves ont appris à faire les quatre opérations. Sylvain fait des divisions sans se tromper, Lucie fait la différence entre le passé et le futur, Natasha connaît ses tables de multiplication...
A la sueur de mon front, nous y sommes arrivés!
Pour les valoriser, j'ai l'idée de refaire l'évaluation de lundi. ils se rendront compte d'eux-mêmes des progrès accomplis :
- Natasha?
- Oui?
- 15 + 3?
- Alors je pose 15, je met le "+", je met 3. "5+3=10" Je pose 0, je retiens 1. "1+1=2". Donc ça fait 20!
(Aïe)
- Sylvain?
- Oui?
- Conjugue-moi le verbe être au présent de l'indicatif
- Donc, le prészent c'est quand ça se passe maintenant : j'étais, tu étais, il était...
Rien n'est jamais gagné!
vendredi 15 avril 2011
Sortie scolaire sous pression
Il y a des jours dans une année scolaire qui sont inévitables. Aujourd'hui, pas de cahiers, pas de stylos, pas de "qui mange à la cantine", pas de sonnerie..., rien! Ce fameux jour, c'est la sortie scolaire.
Vous vous y êtes préparés depuis plusieurs semaines : location du bus, réservation des musées, mots à l'attention des parents, collecte des fonds, questionnaires pour le musée etc...
Un mois de dur labeur durant lequel vous avez tout fait pour que cela vous coûte le moins possible, budget serré oblige.
La veille, vous n'avez pas bien dormi. Vous avez fait le tour de tout ce dont vous deviez absolument penser :
photocopies, cahier d'appel, fiches de renseignements, médicaments pour les enfants malades (PAI), téléphone portable rechargé, appareil photo, plan du musée, chéquier, organisation des groupes, les chocolats pour le chauffeur de bus pour la réduc', liste des parents accompagnateurs (et leurs numéros de portable)...
Mais vous avez oublié une chose. Une chose qui risque de vous contrarier toute la journée :
JASON.
Jason est un élève incontrôlable. Il saute, court partout, n'écoute rien, crie, hurle, crache, frappe, insulte et bien sûr il ne fait rien en classe.
Jason, c'est 60% de mon énergie dépensée quotidienne.
Jason vient à la sortie, et tout de suite, la journée risque d'être un peu moins sympathique que prévue.
Mais Jason est prévenu. Il doit bien se tenir. dans le cas contraire, il ne viendrait plus aux sorties suivantes.
Arrivée du bus : Jason se tient bien.
Départ pour Paris : Jason s'endort!
Arrivée au palais de la Découverte : pas un mot.
Visite du musée : Jason s'intéreresse.
Sortie du musée : Jason regarde à gauche et à droite avant de traverser.
Pique-nique : Jason chuchote.
Visite de la tour Eiffel : Jason prend des photos
Visite de Notre-Dame de Paris : Jason ne crie pas et respecte les fidèles. Il remplit même le questionnaire!
Retour en car : Rien à dire.
Arrivée à l'école, devant le portail, Il est 16h30 et la maman de Jason est déjà là de l'autre côté de la route. (Elle ne vient jamais près du portail. Je pense qu''elle a peur de ce que j'ai parfois à lui dire!)
Jason sort le dernier du bus. Je l'interpelle :
"Dis Donc Jason, aujourd'hui, je suis épaté! C'est décidé, je peux te faire confiance. Tu viendras à la prochaine sortie!"
En entendant ces mots, Jason sourit...
...
...
..
puis il éclate : OUAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIS.!!!!!!!!
Il saute, court partout, n'écoute rien, crie, hurle, crache, frappe, insulte et bien sûr il traverse la route et manque de se faire écraser.
SNIF!
Vous vous y êtes préparés depuis plusieurs semaines : location du bus, réservation des musées, mots à l'attention des parents, collecte des fonds, questionnaires pour le musée etc...
Un mois de dur labeur durant lequel vous avez tout fait pour que cela vous coûte le moins possible, budget serré oblige.
La veille, vous n'avez pas bien dormi. Vous avez fait le tour de tout ce dont vous deviez absolument penser :
photocopies, cahier d'appel, fiches de renseignements, médicaments pour les enfants malades (PAI), téléphone portable rechargé, appareil photo, plan du musée, chéquier, organisation des groupes, les chocolats pour le chauffeur de bus pour la réduc', liste des parents accompagnateurs (et leurs numéros de portable)...
Mais vous avez oublié une chose. Une chose qui risque de vous contrarier toute la journée :
JASON.
Jason est un élève incontrôlable. Il saute, court partout, n'écoute rien, crie, hurle, crache, frappe, insulte et bien sûr il ne fait rien en classe.
Jason, c'est 60% de mon énergie dépensée quotidienne.
Jason vient à la sortie, et tout de suite, la journée risque d'être un peu moins sympathique que prévue.
Mais Jason est prévenu. Il doit bien se tenir. dans le cas contraire, il ne viendrait plus aux sorties suivantes.
Arrivée du bus : Jason se tient bien.
Départ pour Paris : Jason s'endort!
Arrivée au palais de la Découverte : pas un mot.
Visite du musée : Jason s'intéreresse.
Sortie du musée : Jason regarde à gauche et à droite avant de traverser.
Pique-nique : Jason chuchote.
Visite de la tour Eiffel : Jason prend des photos
Visite de Notre-Dame de Paris : Jason ne crie pas et respecte les fidèles. Il remplit même le questionnaire!
Retour en car : Rien à dire.
Arrivée à l'école, devant le portail, Il est 16h30 et la maman de Jason est déjà là de l'autre côté de la route. (Elle ne vient jamais près du portail. Je pense qu''elle a peur de ce que j'ai parfois à lui dire!)
Jason sort le dernier du bus. Je l'interpelle :
"Dis Donc Jason, aujourd'hui, je suis épaté! C'est décidé, je peux te faire confiance. Tu viendras à la prochaine sortie!"
En entendant ces mots, Jason sourit...
...
...
..
puis il éclate : OUAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIS.!!!!!!!!
Il saute, court partout, n'écoute rien, crie, hurle, crache, frappe, insulte et bien sûr il traverse la route et manque de se faire écraser.
SNIF!
lundi 20 décembre 2010
La remise des livrets scolaires
ou "Comment transformer une classe en cabinet médical"
Dans certaines écoles, comme la mienne, la remise des livrets scolaires se remet chaque trimestre, en main propre aux familles. C'est l'occasion de recevoir dans votre classe, les parents de vos trente élèves le temps d'une soirée.
Une soirée où votre classe deviendra une sorte de cabinet médical. Vous êtes le medecin qui annonce les bonnes et les mauvaises nouvelles. L'ambiance change, elle devient très "officilelle". Les élèves sont très tendus, les parents aussi. Vous encore plus.
Dès 16h30, vous avez installé avec précautions, une dizaine de chaises dans le couloir, transformé pour l'occasion en salle d'attente. Sur la porte de la classe, vous avez affiché avec soin, l'ordre des rendez-vous.
- L'objectif de l'enseignant est de réussir à recevoir trente familles en une soirée, sans prendre du retard sur les heures données. Autrement dit, un rendez-vous ne doit pas dépasser la durée exceptionnelle de cinq minutes.
- L'objectif pour les parents : vous poser un maximum de questions en essayant d'être la famille pour laquelle vous allez faire l'exception et ainsi dépasser les cinq minutes règlementaires.
- L'objectif pour les élèves : se taire.
16h45. Les premières familles sont là. Elles sont de bonnes humeurs : elles passent en premier, elles n'ont pas patienté. Vous ouvrez la porte de la classe, vous appelez la famille au pas de la porte tel un medecin. Les parents rangent leur magazine tel des patients. Vous leur serrez la main tel un medecin et les invitez à venir s'asseoir. Les patients accompagnés de leur enfant attendent le bon diagnostic et les bons médicaments. Vous leur parlez de choses qu'ils ne comprennent pas toujours (un medecin quoi!).
Et ce mécanisme va se répéter à trente reprises. Comme les medecins, vous rencontrerez des parents différents :
- Les parents chiants qui vous tiennent comme seul responsable des mauvaises notes de leur enfant.
- Les parents qui vont vous féliciter et vous offrir la petite boîte de chocolat qui va bien.
- Les parents qui vont attendre désespérement la moindre faille de votre part pour vous la faire remarquer.
- Les parents qui vont vous confondre avec une assistante sociale : "vous savez pour nous, ce n'est pas facile en ce moment..."
- Les parents qui ajusteront la liste du père noël en fonction du livret. L'enfant vous regarde avec pitié.
- Les parents qui vont vous expliquer votre métier.
- Les parents qui profiteront de ce rendez-vous pour vous demander si vous faîtes grève.
Et puis vous rencontrerez des situations moins habituelles :
- L'enfant qui rentre seul, sans ses parents. Ceux-ci ont préféré faire les courses.
- Les parents qui sont catastrophés par les notes de leur enfant alors qu'elles sont excellentes
- Les parents qui sont contents du livret scolaire alors que les notes sont catastrophiques.
- Les parents qui sont mécontents du livret, les notes sont en effet décevantes mais vous apprendrez le lendemain que la mamie a glissé un billet de 50€ à la gamine pour la féliciter.
Et puis vous rencontrerez des moments où vous vous sentirez bien seul :
Une famille arrive : papa, maman et les huit enfants. Chrono en main, cela ne doit pas dépasser cinq minutes.
Durant tout ce temps, vous allez expliquer à la maman que son fils ne travaille pas, qu'il rêve en classe, qu'il est insolant et bagareur. La maman vous écoute attentivement, elle semble tomber à la renverse. Mais non, à la fin du rendez-vous, elle vous glissera un petit mot timide :
"Yé né parl pas lé françé"
Dans certaines écoles, comme la mienne, la remise des livrets scolaires se remet chaque trimestre, en main propre aux familles. C'est l'occasion de recevoir dans votre classe, les parents de vos trente élèves le temps d'une soirée.
Une soirée où votre classe deviendra une sorte de cabinet médical. Vous êtes le medecin qui annonce les bonnes et les mauvaises nouvelles. L'ambiance change, elle devient très "officilelle". Les élèves sont très tendus, les parents aussi. Vous encore plus.
Dès 16h30, vous avez installé avec précautions, une dizaine de chaises dans le couloir, transformé pour l'occasion en salle d'attente. Sur la porte de la classe, vous avez affiché avec soin, l'ordre des rendez-vous.
- L'objectif de l'enseignant est de réussir à recevoir trente familles en une soirée, sans prendre du retard sur les heures données. Autrement dit, un rendez-vous ne doit pas dépasser la durée exceptionnelle de cinq minutes.
- L'objectif pour les parents : vous poser un maximum de questions en essayant d'être la famille pour laquelle vous allez faire l'exception et ainsi dépasser les cinq minutes règlementaires.
- L'objectif pour les élèves : se taire.
16h45. Les premières familles sont là. Elles sont de bonnes humeurs : elles passent en premier, elles n'ont pas patienté. Vous ouvrez la porte de la classe, vous appelez la famille au pas de la porte tel un medecin. Les parents rangent leur magazine tel des patients. Vous leur serrez la main tel un medecin et les invitez à venir s'asseoir. Les patients accompagnés de leur enfant attendent le bon diagnostic et les bons médicaments. Vous leur parlez de choses qu'ils ne comprennent pas toujours (un medecin quoi!).
Et ce mécanisme va se répéter à trente reprises. Comme les medecins, vous rencontrerez des parents différents :
- Les parents chiants qui vous tiennent comme seul responsable des mauvaises notes de leur enfant.
- Les parents qui vont vous féliciter et vous offrir la petite boîte de chocolat qui va bien.
- Les parents qui vont attendre désespérement la moindre faille de votre part pour vous la faire remarquer.
- Les parents qui vont vous confondre avec une assistante sociale : "vous savez pour nous, ce n'est pas facile en ce moment..."
- Les parents qui ajusteront la liste du père noël en fonction du livret. L'enfant vous regarde avec pitié.
- Les parents qui vont vous expliquer votre métier.
- Les parents qui profiteront de ce rendez-vous pour vous demander si vous faîtes grève.
Et puis vous rencontrerez des situations moins habituelles :
- L'enfant qui rentre seul, sans ses parents. Ceux-ci ont préféré faire les courses.
- Les parents qui sont catastrophés par les notes de leur enfant alors qu'elles sont excellentes
- Les parents qui sont contents du livret scolaire alors que les notes sont catastrophiques.
- Les parents qui sont mécontents du livret, les notes sont en effet décevantes mais vous apprendrez le lendemain que la mamie a glissé un billet de 50€ à la gamine pour la féliciter.
Et puis vous rencontrerez des moments où vous vous sentirez bien seul :
Une famille arrive : papa, maman et les huit enfants. Chrono en main, cela ne doit pas dépasser cinq minutes.
Durant tout ce temps, vous allez expliquer à la maman que son fils ne travaille pas, qu'il rêve en classe, qu'il est insolant et bagareur. La maman vous écoute attentivement, elle semble tomber à la renverse. Mais non, à la fin du rendez-vous, elle vous glissera un petit mot timide :
"Yé né parl pas lé françé"
dimanche 19 décembre 2010
Les visites (2)
Vous l'avez donc compris, les professeurs des écoles sont évalués plusieurs fois et ce, durant deux ans : la première année, en tant que stagiaire, les visites s'orientent vraiment vers une évaluation dont le but est la titularisation en fin d'année. La deuxième année, vous êtes (normalement) titulaire, les visites sont là pour vous donner des conseils pratiques.
Retour sur l'an passé :
Mes visites ne se sont pas toujours bien passées. J'étais dans une école maternelle. L'équipe était assez âgée et expérimentée. Il a fallu trouver sa place : vous êtes professeur des écoles stagiaire, vous remplacez un enseignant une journée dans la semaine. L'équipe vous réserve un accueil très moyen : vous êtes débutant, vous n'avez jamais mis les pieds dans une classe, vous n'avez pas d'expériences, vous êtes donc forcément un boulet pour eux.
Pour ma part, je remplaçais le directeur de l'école le lundi. En effet, dans mon école, le directeur avait une classe. Il était déchargé de celle-ci une journée dans la semaine pour faire son boulot de directeur (paperasse et compagnie).
L'intégration au sein de l'équipe ne s'est jamais faite. En tant que stagiaire, vos connaissances sur le métier sont neuves, on vous a appris une certaine façon d'enseigner, une méthodologie neuve que les anciens ne comprennent pas. Il y a donc un fossé entre les "vieux" enseignants et les "jeunes".
Quand je vous dis que je n'étais pas accepté en voici quelques exemples : lors de mes trois visites, l'équipe (pour ne pas dire le directeur) a tout fait pour que mes visites ne se passent pas comme prévu.
1ere visite (mois d'octobre) : Cela fait un mois que vous enseignez et vous voulez en mettre plein la vue à l'IMF qui vient vous voir. Mais vous n'avez aucune expérience, vous ne savez pas ce qui est "bien" et ce qui ne l'est pas. La visite se déroule sur une matinée. L'IMF s'asseoit au fond de la classe et vous observe. J'avais prévu une séance de "sport" sous forme d'ateliers de motricité sur le thème "courir, sauter, lancer".
La veille au soir, j'avais installé le parcours de motricité dans la salle prévue à cette effet. Personne pour vous aider à déplacer les éléments du parcours parfois très lourds. Tant pis. Vous passez donc une bonne heure à préparer votre parcours. A la fin, vous êtes satisfait. Vous vous dîtes que l'IMF prendra en compte la motivation et le temps de préparation. Elle verra que vous êtes un enseignant consciencieux qui prépare ses journées avec méthode.
Le lendemain, l'IMF est là. Il est 8h30, vos élèves arrivent dans la classe. A partir de ce moment là, vous faîtes attention à tout ce que vous entreprenez, tout ce que vous dîtes. 9h. Il est l'heure d'emmener vos élèves dans la salle de motricité. Vous avez hâte que les élèves et l'IMF découvrent le parcours que vous installez à la sueur de votre front. Mais lorsque vous ouvrez la porte de la salle : plus de parcours, la salle demeure vide. Vous apprendrez plus tard, que votre directeur a tout rangé car le parcours "gênait".
Une semaine après, vous recevez votre rapport de visite : Avis Insuffisant. (rapport qui soulignera le manque de préparation de vos ateliers, un comble!)
2e visite (mois de janvier) : Les relations avec l'équipe ne s'arrangent pas. Votre directeur vous prévient que votre deuxième visite aura lieu ... le lendemain. "J'ai reçu le mail pour votre visite il y a quatre semaines mais j'ai com-ple-te-ment oublié de vous le dire, hi hi hi!!!" Vous commencez à paniquer, vous aviez prévu une petite soirée sympa ; tant pis pour vous, vous la passerez à bosser.
Le lendemain, vous arrivez à l'école les yeux rougis de fatigue,vous avez passé la nuit à préparer votre visite "imprévue". Dès votre arrivée, vous vérifiez que tout est là et que rien n'a bougé. Vous ne voulez quand même pas reproduire les mêmes erreurs que la dernière fois! Cette fois, vous vous dîtes que tout va bien se passer. Mais non, votre directeur a plus d'un tour dans son sac ! Aussi, rien que pour vous embêter, il profitera de votre visite pour accueillir tous les parents dont les enfants entreront en petite section la rentrée suivante. Des parents angoissés à l'idée de scolariser pour la première fois leur premier enfant. Par conscience professionnelle, le directeur proposera donc à chaque famille une petite visite guidée de l'école.
Pendant ce temps là, vous êtes dans votre classe, tout se passe bien, votre IMF retrouve son sourire. Cela ne durera pas. A partir de 9h, vous allez voir votre porte s'ouvrir toutes les 5 minutes (sans frapper évidemment). La porte ouverte, le directeur est là accompagné d'une famille, elle crie : "ET VOICI MA CLASSE DE MOYENNE SECTION !" . Les élèves et l'IMF sursautent. La porte se referme en claquant. Ce stratagème se reproduira toutes les cinq minutes avec une famille différente. Vous étiez en atelier lecture (ambiance bougie et histoire qui fait peur), vos élèves étaient concentrés, silencieux. En l'espace d'une fraction de seconde, vos élèves se suivent plus, ils crient, certains pleurent. Vous n'arriverez plus à les canaliser. La séance est fichue. Vous apprendrez plus tard, que le directeur s'est abstenu de faire visiter les autres classes. Seule la votre a subi cela.
Une semaine après, vous recevez votre rapport de visite : Avis Insuffisant. (rapport qui soulignera le manque de gestion des élèves, un comble!)
3e visite (mois de juin) : La fin de l'année approche, vous êtes plus fort que jamais? Vous êtes plus expérimentés qu'en début d'année. Depuis le mois de janvier, les "crasses" de votre directeur sont de plus en plus imaginatives bien que puériles. Aussi, à Pâques, il aura détourné les boîtes de chocolat offertes par les parents qui vous revenaient. Il ne vous invitera pas au déjeuner de l'équipe de fin d'année. Tant pis. c'est alors que vous apprenez par hasard que votre troisième visite est prévue pour la semaine prochaine. Cette fois, ce n'est pas un IMF. C'est le conseiller pédagogique représentant l'inspecteur qui vous vient vous évaluer pour vous titulariser. Si cette visite est un échec, vous pourrez dire adieu à la belle carrière qui vous attendait. Le matin de la visite, vous êtes évidemment stressé à l'idée de savoir ce que votre directeur vous a concocté pour aujourd'hui.
8h30 passe, 9h passe, 10h passe, 11h passe. tout va bien. C'est louche. La matinée se termine. Vos élèves sont en atelier peinture. Les mains sales et la blouse sont de rigueur. Lorsque tout a coup, vos espoirs s'effondrent en l'espace d'une fraction de seconde lorsque l'alarme incendie se déclenche. S'agit-il d'un exercice? Vous n'êtes pas au courant. Pourtant en fin d'année, vous êtes prévenu lorsqu'un exercice est prévu. Sans paniquer, vous prenez votre registre d'appel, vous rassemblez vos élèves et vous sortez dans la cour. Le conseiller pédagogique a l'air furieux. Vos élèves sont distraits, bruyants, effrayés. Certains hurlent, d'autres sont effrayés. Vous réussissez à les calmer tant bien que mal, vous les comptez, ils sont tous là. heureusement. 11h20. Il reste 10 minutes avant l'arrivée des parents. Votre séance est fichue.
A 11h30, vous savez qu'un entretien avec le conseiller pédagogique vous attend. Votre carrière est entre ses mains. Mais étrangement, à 11h30 pas de conseiller pédagogique, vous êtes seul dans la classe.
Vous apprendrez plus tard que l'exercice incendie était prévu pour le lendemain, que tout le monde était au courant, sauf vous, et que le directeur s'est fait incendié (c'est le cas de le dire) par le conseiller pédagogique dès 11h30 car il n'a pas fait son devoir vis à vis de vous.
Une semaine après, vous recevez votre rapport de visite : Avis Satisfaisant. (rapport qui soulignera votre efficacité dans l'exercice incendie "malgré un contexte difficile", un comble...pour le directeur!).
J'ai appris quelques mois plus tard que mon directeur fut inspecté par notre cher Inspecteur accompagné... du conseiller pédagogique. La note du directeur fut inférieure à celle obtenue lors de son précédente inspection, ce qui est très rare.
Je gagne toujours.
Retour sur l'an passé :
Mes visites ne se sont pas toujours bien passées. J'étais dans une école maternelle. L'équipe était assez âgée et expérimentée. Il a fallu trouver sa place : vous êtes professeur des écoles stagiaire, vous remplacez un enseignant une journée dans la semaine. L'équipe vous réserve un accueil très moyen : vous êtes débutant, vous n'avez jamais mis les pieds dans une classe, vous n'avez pas d'expériences, vous êtes donc forcément un boulet pour eux.
Pour ma part, je remplaçais le directeur de l'école le lundi. En effet, dans mon école, le directeur avait une classe. Il était déchargé de celle-ci une journée dans la semaine pour faire son boulot de directeur (paperasse et compagnie).
L'intégration au sein de l'équipe ne s'est jamais faite. En tant que stagiaire, vos connaissances sur le métier sont neuves, on vous a appris une certaine façon d'enseigner, une méthodologie neuve que les anciens ne comprennent pas. Il y a donc un fossé entre les "vieux" enseignants et les "jeunes".
Quand je vous dis que je n'étais pas accepté en voici quelques exemples : lors de mes trois visites, l'équipe (pour ne pas dire le directeur) a tout fait pour que mes visites ne se passent pas comme prévu.
1ere visite (mois d'octobre) : Cela fait un mois que vous enseignez et vous voulez en mettre plein la vue à l'IMF qui vient vous voir. Mais vous n'avez aucune expérience, vous ne savez pas ce qui est "bien" et ce qui ne l'est pas. La visite se déroule sur une matinée. L'IMF s'asseoit au fond de la classe et vous observe. J'avais prévu une séance de "sport" sous forme d'ateliers de motricité sur le thème "courir, sauter, lancer".
La veille au soir, j'avais installé le parcours de motricité dans la salle prévue à cette effet. Personne pour vous aider à déplacer les éléments du parcours parfois très lourds. Tant pis. Vous passez donc une bonne heure à préparer votre parcours. A la fin, vous êtes satisfait. Vous vous dîtes que l'IMF prendra en compte la motivation et le temps de préparation. Elle verra que vous êtes un enseignant consciencieux qui prépare ses journées avec méthode.
Le lendemain, l'IMF est là. Il est 8h30, vos élèves arrivent dans la classe. A partir de ce moment là, vous faîtes attention à tout ce que vous entreprenez, tout ce que vous dîtes. 9h. Il est l'heure d'emmener vos élèves dans la salle de motricité. Vous avez hâte que les élèves et l'IMF découvrent le parcours que vous installez à la sueur de votre front. Mais lorsque vous ouvrez la porte de la salle : plus de parcours, la salle demeure vide. Vous apprendrez plus tard, que votre directeur a tout rangé car le parcours "gênait".
Une semaine après, vous recevez votre rapport de visite : Avis Insuffisant. (rapport qui soulignera le manque de préparation de vos ateliers, un comble!)
2e visite (mois de janvier) : Les relations avec l'équipe ne s'arrangent pas. Votre directeur vous prévient que votre deuxième visite aura lieu ... le lendemain. "J'ai reçu le mail pour votre visite il y a quatre semaines mais j'ai com-ple-te-ment oublié de vous le dire, hi hi hi!!!" Vous commencez à paniquer, vous aviez prévu une petite soirée sympa ; tant pis pour vous, vous la passerez à bosser.
Le lendemain, vous arrivez à l'école les yeux rougis de fatigue,vous avez passé la nuit à préparer votre visite "imprévue". Dès votre arrivée, vous vérifiez que tout est là et que rien n'a bougé. Vous ne voulez quand même pas reproduire les mêmes erreurs que la dernière fois! Cette fois, vous vous dîtes que tout va bien se passer. Mais non, votre directeur a plus d'un tour dans son sac ! Aussi, rien que pour vous embêter, il profitera de votre visite pour accueillir tous les parents dont les enfants entreront en petite section la rentrée suivante. Des parents angoissés à l'idée de scolariser pour la première fois leur premier enfant. Par conscience professionnelle, le directeur proposera donc à chaque famille une petite visite guidée de l'école.
Pendant ce temps là, vous êtes dans votre classe, tout se passe bien, votre IMF retrouve son sourire. Cela ne durera pas. A partir de 9h, vous allez voir votre porte s'ouvrir toutes les 5 minutes (sans frapper évidemment). La porte ouverte, le directeur est là accompagné d'une famille, elle crie : "ET VOICI MA CLASSE DE MOYENNE SECTION !" . Les élèves et l'IMF sursautent. La porte se referme en claquant. Ce stratagème se reproduira toutes les cinq minutes avec une famille différente. Vous étiez en atelier lecture (ambiance bougie et histoire qui fait peur), vos élèves étaient concentrés, silencieux. En l'espace d'une fraction de seconde, vos élèves se suivent plus, ils crient, certains pleurent. Vous n'arriverez plus à les canaliser. La séance est fichue. Vous apprendrez plus tard, que le directeur s'est abstenu de faire visiter les autres classes. Seule la votre a subi cela.
Une semaine après, vous recevez votre rapport de visite : Avis Insuffisant. (rapport qui soulignera le manque de gestion des élèves, un comble!)
3e visite (mois de juin) : La fin de l'année approche, vous êtes plus fort que jamais? Vous êtes plus expérimentés qu'en début d'année. Depuis le mois de janvier, les "crasses" de votre directeur sont de plus en plus imaginatives bien que puériles. Aussi, à Pâques, il aura détourné les boîtes de chocolat offertes par les parents qui vous revenaient. Il ne vous invitera pas au déjeuner de l'équipe de fin d'année. Tant pis. c'est alors que vous apprenez par hasard que votre troisième visite est prévue pour la semaine prochaine. Cette fois, ce n'est pas un IMF. C'est le conseiller pédagogique représentant l'inspecteur qui vous vient vous évaluer pour vous titulariser. Si cette visite est un échec, vous pourrez dire adieu à la belle carrière qui vous attendait. Le matin de la visite, vous êtes évidemment stressé à l'idée de savoir ce que votre directeur vous a concocté pour aujourd'hui.
8h30 passe, 9h passe, 10h passe, 11h passe. tout va bien. C'est louche. La matinée se termine. Vos élèves sont en atelier peinture. Les mains sales et la blouse sont de rigueur. Lorsque tout a coup, vos espoirs s'effondrent en l'espace d'une fraction de seconde lorsque l'alarme incendie se déclenche. S'agit-il d'un exercice? Vous n'êtes pas au courant. Pourtant en fin d'année, vous êtes prévenu lorsqu'un exercice est prévu. Sans paniquer, vous prenez votre registre d'appel, vous rassemblez vos élèves et vous sortez dans la cour. Le conseiller pédagogique a l'air furieux. Vos élèves sont distraits, bruyants, effrayés. Certains hurlent, d'autres sont effrayés. Vous réussissez à les calmer tant bien que mal, vous les comptez, ils sont tous là. heureusement. 11h20. Il reste 10 minutes avant l'arrivée des parents. Votre séance est fichue.
A 11h30, vous savez qu'un entretien avec le conseiller pédagogique vous attend. Votre carrière est entre ses mains. Mais étrangement, à 11h30 pas de conseiller pédagogique, vous êtes seul dans la classe.
Vous apprendrez plus tard que l'exercice incendie était prévu pour le lendemain, que tout le monde était au courant, sauf vous, et que le directeur s'est fait incendié (c'est le cas de le dire) par le conseiller pédagogique dès 11h30 car il n'a pas fait son devoir vis à vis de vous.
Une semaine après, vous recevez votre rapport de visite : Avis Satisfaisant. (rapport qui soulignera votre efficacité dans l'exercice incendie "malgré un contexte difficile", un comble...pour le directeur!).
J'ai appris quelques mois plus tard que mon directeur fut inspecté par notre cher Inspecteur accompagné... du conseiller pédagogique. La note du directeur fut inférieure à celle obtenue lors de son précédente inspection, ce qui est très rare.
Je gagne toujours.
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