Perles des élèves, des parents, des collègues, anecdotes, tout y passe !

Perles des élèves, des parents, des collègues, anecdotes, tout y passe !!!

Professeur des écoles, le "plus beau métier du monde" dit-on! Le métier rêvé des enfants.
Pour y arriver : quelques années d'études, un concours plutôt difficile (si si!) et une formation très insuffisante.

A travers les "VDM" des élèves (en hommage au désormais célèbre site web), ce blog raconte le quotidien d'un jeune prof qui débute dans le métier.
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dimanche 3 juillet 2011

Le mouvement (1)

Il y a quelques temps, j'ai évoqué dans un article "le mouvement" (ndr : article "Le NUMEN").
Le mouvement, c'est un peu la loterie de l'enseignant. Je vais tenter d'être simple.

Il y a deux types de postes :
- les postes provisoires : ce sont des postes d'une durée d'un an.
- les postes définitifs : ce sont des postes à durée illimitée.

Par défaut, dans la majorité des cas, les enseignants sortant de l'IUFM ont des postes provisoires. Ils sont donc affectés sur une école pendant un an et doivent donc changer d'école l'année suivante. Leur premier objectif de carrière va être de décrocher un poste définitif dans une école, pour plus de stabilité.

Chaque année, vers le mois d'avril, c'est le mouvement. C'est un site internet destiné :
- aux enseignants ayant un poste défintif et qui souhaitent changer de poste (donc d'école)
- aux enseignants ayant un poste provisoire (puisqu'ils sont obligés de changer de poste).
Le mouvement vous propose tout simplement d'émettre une trentaine de voeux ; une occasion en or de dire haut et fort les écoles dans lesquelles vous voulez être affectées.

Ayant eu cette année un poste provisoire, j'ai été dans l'obligation de participer à ce mouvement, d'émettre des choix. J'ai choisi de demander à rester dans l'école dans laquelle j'étais cette année.
La tâche fut assez difficile car il y a ce système de loterie un peu hasardeux : les points.


Ces points sont déterminants pour avancer dans votre carrière. Ils vous permettent de gagner des postes intéressants, et si possible définitifs.
La règle est très simple : si trois candidats (par exemple) participent au mouvement et émettent le même voeu. Celui qui décrochera le poste sera celui ayant le plus de points.

Mais comment gagne-t-on ces fameux points? Voici le barême en exclusivité!
  • L'ancienneté dans le service : 
    • 2 points par an les 10 premières année
    • 1point par an les dix suivantes
    • 0,5 point au delà de la vingtième année
  • L'ancienneté dans le poste : un point par an (cela concerne uniquement les enseignants ayant un poste définitif)
  • Des points "bonus" (donc en plus) pour les situations suivantes : 
    • 10 points par an pour les directeurs
    • 10 points par an pour les postes spécialisés
    • 10 points par an pour des postes situés en ZEP (quartiers dits "sensibles")
    • 1 point par enfant à charge

Vous comprendrez qu'en début de carrière il est fort difficile d'être l'heureux élu! Pour ma part, au bout de deux ans de carrière et n'ayant eu que des postes provisoires, mon total de points s'élève à .... 4 points.

En tant que "NT1" (nouveau titulaire 1ere année), l'Inspection nous accorde un poste intéressant pour débuter. J'ai donc été affecté en 2010 dans une école super chouette, comme vous avez pu le lire depuis septembre dernier.
Au mois d'avril, donc, il a fallu faire un choix et peut être faire le deuil de cette superbe année. J'étais conscient qu'avec seulement 4 points, j'avais peu de chance d'avoir un poste intéressant à la rentrée.

Je n'ai pas été déçu...

(à suivre)

mercredi 29 juin 2011

Derniers jours...

Il y a quelque chose d'assez étrange quand on vit les derniers jours d'une année scolaire.
Vous avez rendu les livrets scolaires, le programme n'est pas bouclé (tiens, c'est étonnant), il vous reste deux ou trois jours de classe avant les grandes vacances.

Cette dernière semaine de classe est assez particulière.
Pour ma part, n'ayant pas suffisamment d'ancienneté, je ne peux prétendre un poste définitif dans cette école. J'ai donc fais des pieds et des mains pour reconduire mon poste dans cette école, ne serait-ce que pour une année supplémentaire.
Je devrais avoir la réponse demain. Nous verrons.
Quoiqu'il en soit, c'est avec le coeur serré que je m'apprête à quitter mes élèves, mes collègues, les lieux ... vers une école inconnue, une classe inconnue, des collègues inconnus.

C'est d'autant plus déchirant qu'en salle des maîtres, la vie continue. Mme Dubois prépare déjà la rentrée prochaine, Mr Morin range sa classe, Mme Grouin passe des commandes de matériel, et Mme la Directrice rédige des projets pédagogiques...
Sans vraiment être parti, vous vous sentez déjà "rejeté" par l'arrivée des nouveaux.
- Ils viennent dans votre classe pour faire un inventaire rapide du matériel.
- Ils parlent de changer les meubles de place.
- Ils vous demandent des papiers administratifs, éventuellement vos projets...

De votre côté, vous regardez vos élèves dessiner, jouer, discuter entre eux. Vous vous asseyez à votre bureau et vous commencez à refaire un énième bilan de votre année, votre première année, passé avec eux. Vous vous rappelez de l'attention d'un élève, du crépage de chignon avec la maman d'un autre, l'enthousiasme des enfants quand vous avez annoncé la sortie à Paris.
Bon, vous vous rappelez aussi : des punitions, des vols, des bêtises, des bobos, des "il m'embête", des heures passées à corriger des âneries, de vos gueulantes etc..
On dit souvent que les élèves vous oublient vite. C'est vrai, mais ces petits êtres vous montrent régulièrement leur respect et l'affection qu'ils ont pour vous. Et si on réfléchit bien, ils vous le montrent quotidiennement même si vous n'y prêtez pas toujours attention.

Les parents aussi, s'apprêtent à vous dire au revoir. Chacun à sa façon de faire
- Il y a ceux qui vous remercient infiniment après le spectacle de fin d'année.
- Il y a ceux que vous ne voyez jamais et qui viennent pour la première fois au portail de l'école pour vous dire "merci".
- Il y a ceux qui vous font parvenir une délicate attention par l'intermédiaire de leur enfant qui a , pour l'occasion, appris le petit texte de remerciements par coeur. Maman lui a bien dit de ne rien oublier.
- Il y a ceux que vous sourient. Cela suffit.
- Il y a aussi ceux qui s'en foutent complètement.

Et il y a ceux qui ont beaucoup d'humour :
Ce matin, j'étais entrain de faire le tri dans mes classeurs. Plongé dans ma paperasse, je n'avais vu l'élève toute timide qui attendait désespérément devant mon bureau, une joli paquet dans ses mains, maladroitement enveloppé dans du kraft.

"Maître, c'est un cadeau pour vous. Ma mère dit que c'est une bouteille de vin pour vous saouler vendredi soir pour fêter les vacances"

Comme je le dis, chacun à sa façon de faire.

samedi 18 juin 2011

L'Education sexuelle.

Les programmes de l'Education  Nationale. Il est complet, pas toujours très clair, mais très détaillé.
C'est un peu le mode emploi de tout prof qui débute.
Personnellement, j'ai adoré enseigner les sciences cette année.
Cette année nous avons étudié l'astronomie, le corps humain etc...

Certains collègues ont eu beaucoup moins de chance! Car en regardant leur programme, ils ont vu cette petite ligne qui paraissait portant inoffensive :

"CM2 : Reproduction de l'Homme et éducation à la sexualité"

Aïe!
C'est donc à ce moment précis que les enseignants dévoilent en salle des maîtres, leur véritable personnalité! Plutôt ouvert? Plutôt coincé?
Vous rougissez dès que vous entendez le mot "pénis"?
Vous changez de sujet quand un élève vous demande "Comment on fait les bébés?" (Le coup de la bouteille de lait de fonctionnera pas, on vous aura prévenu)
Pire, vous vous énervez quand une élève raconte l'accouchement de son petit frère?

Dans ce cas, oubliez l'éducation sexuelle et choisissez un autre niveau de classe! Choisissez plutôt le CE2 et sa reproduction des plantes!

Mais alors comment aborder ce sujet si délicat qu'est la reproduction de l'Homme?

En général, le jour-J,  les enseignants adoptent un look plutôt décontracté. Il prévoit sa petite serviette éponge pour essuyer quelques gouttes de sueur qui feraient malencontreusement leur apparition.
Il découpe soigneusement une trentaine de petits bouts de papier et dit :
"Je vais tenter de répondre à toutes les questions que vous vous posez. Je vous donne un morceau de papier sur lequel vous allez rédiger, de façon anonyme, une question."

C'est alors qu'au mois de juin (on attend en général la dernière période pour aborder ce sujet), vous verrez vos collègues de CM2 débarquer le sourire aux lèvres en salle de maître.
Vous dégusterez votre petite salade composée quand tout à coup une voix forte, celle de votre collègue de CM2 se fera entendre :
"Qui veut lire les questions sur la sexualité?"

Voici donc (je sais que vous l'attendiez tous) un petit florilège des questions posées.
Dans la série "les questions mignonnes"
- Sommes-nous obligés de faire des enfants?
- Est-ce que faire un enfant, ça fait mal?
- Est-ce que faire un enfant c'est sale?
- Pourquoi certaines femmes achètent-elles la pilule? Elles n'aiment pas les enfants?

Dans la série "c'est mignon mais il y a du boulot"
- Dans quelle pharmacie peut-on acheter la petite graine?
- Comment font les cigognes pour porter les bébés lourds?
- Pourquoi ma grand-mère fait-elle pousser des choux alors qu'elle est trop vieille pour avoir des enfants?

Dans la série "je sais des choses mais je fais semblant de ne pas comprendre"
- Pourquoi le pénis grossit-il parfois?
- Pourquoi les spermatozoïdes font-ils la course?
- Pourquoi l'ovule n'accueille qu'un seul spermatozoïde?

Dans la série "questions existentielles auxquelles il sera difficile de répondre"
- Pourquoi les femmes font parfois semblant de crier quand elles font l'amour?"
- Pourquoi les parents ne veulent pas toujours savoir si c'est garçon ou une fille?

C'est alors que d'un seul coup, sans même demander aux élèves, vous devinerez qui, parmi eux, ont des grands frères.
Dans la série "Je suis trop petit pour savoir tout ça"
- Quand les femmes lèchent le pénis de l'homme, que font-elles?
- Pourquoi les hommes mettent-ils leur sexe dans l'anus de la fille?
ou pire :
- Pourquoi certains parents se battent quand ils font l'amour?

Tout à coup, le sujet est beaucoup moins drôle.
La salade composée, elle, n'est pas passée.

dimanche 12 juin 2011

Les fiches de préparation

"De toute façon, vous, les profs, vous vous plaignez tout le temps mais vous ne travaillez que 24 heures par semaine!"

Cela pourrait effectivement être vrai si :
- Le travail se prépare tout seul
- Les élèves ne font jamais de fautes (donc pas de correction)
- Les élèves ne sont jamais évalués.
- Les réunions pédagogiques, les RDV parents/profs, les conseils d'école, les conseils de cycle, les conseils des maîtres.... sont interdits.

"Oui mais euhh... (n'a pas d'autre argument)...c'est pas tous les jours!"

C'est vrai! Les réunion et es conseils, ce n'est pas tous les jours!. Mais nous avons bien pire : LES FICHES DE PREP!

A l'heure où notre gouvernement prône l'écologie à tout bout de champ, au Ministère de l'Education Nationale, ce temps n'est toujours pas arrivé. Et oui, on nous demande encore de remplir des papiers inutiles!

Mais alors qu'est-ce qu'une fiche de Prep ?
Il s'agit tout simplement de la description précise et détaillée d'une séance d'enseignement. Elle sert à anticiper, penser, prévoir sa séance dans les moindres détails : durée, compétence enseignée, modalités de travail, documents distribués, traces écrites au tableau, bilan de la séance...
Bref, une fiche de prep = une demi-heure de travail supplémentaire dont on se passerait bien!

Vous allez me dire "Mais vous n'êtes pas obligés de les faire!"
Officiellement si ! (deux par jour), Officieusement non! Je veux dire par là que peu d'enseignants les font.
Pour ma part, j'ai cessé d'en faire à partir du moment où j'ai cessé d'être "surveillé". Quand vous débutez, il est vrai que faire ses fiches de prep peut s'avérer utile :
En effet, lors d'une visite ou d'une inspection : vous devrez les montrer. Si elles ne sont pas faites au fur et à mesure, à vous les veillées nocturnes où vous devrez les rattraper (ce qui n'aura plus aucun intérêt car vos séances ont déjà été faites en classe!)

Le véritable problème de ces fiches de prep, c'est le temps que l'on perd à les faire. Honnêtement, je ne dis pas qu'elles sont inutiles ; mais perdre une heure par jour de son temps libre à remplir des fiches, vous avouerez que ça fait quand même réfléchir.

Avec un peu d'expérience, vous vous rendrez vite compte que les fiches de prep sont un sujet un peu tabou dans le milieu enseignant. Les inspecteurs, eux, font sans doute la sourde oreille. Ils insistent pour que nous les fassions mais ils savent bien, au fond, que c'est peine perdue!
Ce qui est encore plus drôle, c'est qu'il s'agit d'un document personnel ; c'est à dire qu'il doit être utile pour sa propre expérience. C'est l'assurance d'une séance réussie car elle a été réfléchie, pensée et analysée à l'avance. Cette fiche,pour résumer, permet d'éviter l'improvisation.
Un document personnel donc.
Alors la question est ouverte : pourquoi la hiérarchie est-elle si stricte et si protocolaire avec ces fiches de prep? Pourquoi avons-nous l'obligation de les faire? Quelque chose m'échappe.

Je pense vraiment qu'imposer aux enseignants une méthode travail (car c'en est une) n'est pas quelque chose de très malin. Imposer, c'est se confronter au refus. La liberté pédagogique de chaque enseignant est-elle pour autant atteinte? Peut être. Le résultat, c'est que les profs ne s'approprient pas ce document car ils ne voient en lui qu'un reflet de la volonté de l'Inspecteur, et non pas un document de travail.
Du coup, pour résumer, peu d'enseignants font leurs fiches pour eux-mêmes.
La plupart d'entre nous, ne font des fiches que lorsque l'Inspection est imminente!

En début d'année, sachant que j'allais être "visité", je me devais donc de faire quotidiennement deux fiches de prep par jour. Le couteau sous la gorge, je perdais une heure de mon temps par jour et 45 euros de cartouche d'encre par mois dans la réalisation de ces fiches.
Le jour de ma dernière visite, je confie à la conseillère pédagogique un énorme classeur de fiches de prep, fruit de tout mon travail. Ce n'était pas sans fierté.

Alors je repose ma question : pourquoi la hiérarchie est-elle si stricte et si protocolaire avec ces fiches de prep?

Quelque chose m'échappe car :

Elle n'a jamais ouvert mon classeur.

samedi 11 juin 2011

La fin de l'année

Il y a quelque chose de très intéreressant dans ce métier : c'est son aspect cyclique.
Tout est ordonné, cadré et organisé de façon temporelle.

Et oui, si on observe bien : nous fonctionnons (verbe spécial prof) de façon répétée tout au long de notre carrière.
Il y a trois heures par demi-journées de classe
Il y a deux journées dans une journée d'école
Il y a quatre jours de classe dans une semaine.
Il y a entre cinq et neuf semaines dans une période
Il y a cinq périodes dans une année scolaire
Il y a deux ou trois années par cycle d'apprentissage
Il y a trois cycles dans l'enseignement primaire
etc...


Nous arrivons à la fin de l'année scolaire.
Les élèves de CM1 auront subi le 4 juillet :
- 288 heures de français
- 180 heures de maths
- 108 heures de sport
- 54 heures d'anglais
- 78 heures de sciences
- 78 heures de culture humaniste (arts, histoire de l'art)
- 78 heures d'histoire géo
Pour un total de 864 heures d'enseignement.

Gloups

Vous avez dit "c'est énorme!"
Détrompez-vous, ça passe très vite!
La lourdeur des programmes fait peur et l'enseignant se laisse très vite déborder.
C'est pour cela qu'en fin d'année, un phénomène très particulier fait son apparition chez les enseignants ; un phénomène psychologique ponctuel  dont les premiers symptômes font surface vers le mois de mai. je parle bien sûr du "Coup de pied aux fesses"!

En salle des maîtres, certaines phrases typiques se font entendre :
- "Plus qu'un mois, et j'ai même pas commencé les nombres décimaux!"
- "La remise des livrets est dans trois semaines, qu'est-ce que je vais mettre dedans!"
- "Quand je pense à toutes les évals que je vais devoir corriger"
- "Et Lucie elle ne sait toujours pas lire"

En cours de récréation, les enseignants en service de surveillance en profitent aussi :
- "Nous sommes en mai et tu ne sais toujours pas que les toupies Bey Bled sont interdites!"
- "RANGEZ-VOUS, je le dis depuis le début de l'année, c'est quand même pas compliqué!"

En classe, vous sentez déjà une sorte de relâchement, les élèves sont fatigués.
Mais un autre phénomène, plus agréable celui-là, fait son apparition en fin d'année : la prise de conscience que vos élèves ont grandi.
- Non, vos élèves ne mettent plus vingt minutes pour sortir leur ardoise.
- Oui, vos élèves ont compris qu'il fallait lever le doigt pour prendre la parole.
- Il faut désormais une demi-heure pour une leçon de français et non plus une heure et demi.
- Vos élèves ne vous demandent plus si il faut souligner en bleu ou en rouge.
- Oui, vos élèves pensent à écrire leur prénom sur leurs copies.
- Vos élèves n'ont plus envie d'aller aux toilettes cinq minutes avant la récréation.

Et toutes ces petites choses qui paraissent pourtant anodines, vont vous permettre de réaliser pour la première fois, une chose qui, jusqu'ici vous paraissait impossible : vous asseoir à votre bureau!

La fin de l'année, une période éphémère qui ne durera pas (car il faudra tout recommencer à la rentrée)
Malheureusement, toute cette chaîne de bonheur sera brisée un beau jour de juin lorsqu'un élève viendra à votre bureau, tout penaud, et vous glissera un doux secret dans l'oreille :

"Maître, .................................... je crois que j'ai fais pipi............."

mercredi 20 avril 2011

Les stages de remise à niveau

Depuis 2008, l'Education Nationale fait le pari ambitieux d'encadrer des élèves de CM1 ou de CM2 en très grosse difficulté pendant les vacances scolaires. L'idée est plutôt bonne. Les stages de remise à niveau se déroulent donc sur trois sessions :
  • une semaine pendant les vacances de printemps ;
  • la première semaine de juillet ;
  • la dernière semaine des vacances d'été.
A raison de trois heures par jour et pendant cinq jours, l'enseignant volontaire (il s'agit d'heures supplémentaires) encadre un petit groupe (5/6 pas plus) d'enfants en difficultés en maths et/ou en français. Le stage dure donc 15 heures.

15 heures....

moins les récréations 12h30...

12h30...

Pensez-vous qu'il est possible , en 12h30, de réaliser cette mission : "remettre à niveau" des élèves qui ont parfois plus de deux ans de retard sur le programme?
Chaque enseignant partira du principe que cela paraît difficile, sans être complètement pessimiste.
Pour la première fois, durant ces vacances de printemps, j'ai décidé d'arrondir mes fins de mois en participant au stage de remise à niveau.

Lundi : arrivée des élèves. Je ne les connais pas, ils viennent d'une autre école. Au préalable, j'ai reçu un document de leur enseignante détaillant la nature des difficultés :
"Bonjour, voici 6 élèves de CM1 qui ont de lourdes difficultés en conjugaison et en numération. Merci de travailler avec eux, les quatre opérations (addition, soustraction, multiplication, division) ainsi que tous les temps de conjugaison au programme de CM1 à savoir : présent, passé simple, passé composé, futur, imparfait, impératif"

12h30.....

Je repose ma question : Pensez-vous qu'il est possible , en 12h30, de réaliser cette mission : "remettre à niveau" des élèves qui ont parfois plus de deux ans de retard sur le programme?
Chaque enseignant partira du principe que cela paraît difficile, sans être complètement pessimiste.
Et bien nous y voilà!

Première étape : une petite évaluation des compétences, pour mesurer l'ampleur du problème.
- Natasha?
- Oui?
- 15 + 3?
- 20!
(Aïe)

- Sylvain?
- Oui?
- Conjugue-moi le verbe être au présent de l'indicatif.
- Facile!(ouf!) j'être, tu êtres, il être, nous êtrons...
(Re-Aïe)

Vous comprendrez aisément que, même s'il s'agit d'une très bonne intention, 12h30 de stage de permettront pas de relever la barre! Pour ces élèves, la notion même de la conjugaison leur est étrangère! En ce qui concerne les opérations, nous sommes à ras des pâquerettes!

Et pourtant...

Vendredi, dernier jour de stage.  C'est à peine croyable. En 12h30, les élèves ont appris à faire les quatre opérations. Sylvain fait des divisions sans se tromper, Lucie fait la différence entre le passé et le futur, Natasha connaît ses tables de multiplication...
A la sueur de mon front, nous y sommes arrivés!
Pour les valoriser, j'ai l'idée de refaire l'évaluation de lundi. ils se rendront compte d'eux-mêmes des progrès accomplis :

- Natasha?
- Oui?
- 15 + 3?
- Alors je pose 15, je met le "+", je met 3. "5+3=10" Je pose 0, je retiens 1. "1+1=2". Donc ça fait 20!
(Aïe)


- Sylvain?
- Oui?
- Conjugue-moi le verbe être au présent de l'indicatif
- Donc, le prészent c'est quand ça se passe maintenant : j'étais, tu étais, il était...

Rien n'est jamais gagné!

vendredi 15 avril 2011

Sortie scolaire sous pression

Il y a des jours dans une année scolaire qui sont inévitables. Aujourd'hui, pas de cahiers, pas de stylos, pas de "qui mange à la cantine", pas de sonnerie..., rien! Ce fameux jour, c'est la sortie scolaire.
Vous vous y êtes préparés depuis plusieurs semaines : location du bus, réservation des musées, mots à l'attention des parents, collecte des fonds, questionnaires pour le musée etc...
Un mois de dur labeur durant lequel vous avez tout fait pour que cela vous coûte le moins possible, budget serré oblige.

La veille, vous n'avez pas bien dormi. Vous avez fait le tour de tout ce dont vous deviez absolument penser :
photocopies, cahier d'appel, fiches de renseignements, médicaments pour les enfants malades (PAI), téléphone portable rechargé, appareil photo, plan du musée, chéquier, organisation des groupes, les chocolats pour le chauffeur de bus pour la réduc', liste des parents accompagnateurs (et leurs numéros de portable)...

Mais vous avez oublié une chose. Une chose qui risque de vous contrarier toute la journée :

JASON.

Jason est un élève incontrôlable. Il saute, court partout, n'écoute rien, crie, hurle, crache, frappe, insulte et bien sûr il ne fait rien en classe.
Jason, c'est 60% de mon énergie dépensée quotidienne.
Jason vient à la sortie, et tout de suite, la journée risque d'être un peu moins sympathique que prévue.
Mais Jason est prévenu. Il doit bien se tenir. dans le cas contraire, il ne viendrait plus aux sorties suivantes.

Arrivée du bus : Jason se tient bien.
Départ pour Paris : Jason s'endort!
Arrivée au palais de la Découverte : pas un mot.
Visite du musée : Jason s'intéreresse.
Sortie du musée : Jason regarde à gauche et à droite avant de traverser.
Pique-nique : Jason chuchote.
Visite de la tour Eiffel : Jason prend des photos
Visite de Notre-Dame de Paris : Jason ne crie pas et respecte les fidèles. Il remplit même le questionnaire!
Retour en car : Rien à dire.

Arrivée à l'école, devant le portail, Il est 16h30 et la maman de Jason est déjà là de l'autre côté de la route. (Elle ne vient jamais près du portail. Je pense qu''elle a peur de ce que j'ai parfois à lui dire!)
Jason sort le dernier du bus. Je l'interpelle :
"Dis Donc Jason, aujourd'hui, je suis épaté! C'est décidé, je peux te faire confiance. Tu viendras à la prochaine sortie!"

En entendant ces mots, Jason sourit...
...
...
..
puis il éclate : OUAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIS.!!!!!!!!
Il saute, court partout, n'écoute rien, crie, hurle, crache, frappe, insulte et bien sûr il traverse la route et manque de se faire écraser.

SNIF!

lundi 20 décembre 2010

La remise des livrets scolaires

ou "Comment transformer une classe en cabinet médical"

Dans certaines écoles, comme la mienne, la remise des livrets scolaires se remet chaque trimestre, en main propre aux familles. C'est l'occasion de recevoir dans votre classe, les parents de vos trente élèves le temps d'une soirée.
Une soirée où votre classe deviendra une sorte de cabinet médical. Vous êtes le medecin qui annonce les bonnes et les mauvaises nouvelles. L'ambiance change, elle devient très "officilelle". Les élèves sont très tendus, les parents aussi. Vous encore plus.
Dès 16h30, vous avez installé avec précautions, une dizaine de chaises dans le couloir, transformé pour l'occasion en salle d'attente. Sur la porte de la classe, vous avez affiché avec soin, l'ordre des rendez-vous.
- L'objectif de l'enseignant est de réussir à recevoir trente familles en une soirée, sans prendre du retard sur les heures données. Autrement dit, un rendez-vous ne doit pas dépasser la durée exceptionnelle de cinq minutes.
- L'objectif pour les parents : vous poser un maximum de questions en essayant d'être la famille pour laquelle vous allez faire l'exception et ainsi dépasser les cinq minutes règlementaires.
- L'objectif pour les élèves : se taire.
16h45. Les premières familles sont là. Elles sont de bonnes humeurs : elles passent en premier, elles n'ont pas patienté. Vous ouvrez la porte de la classe, vous appelez la famille au pas de la porte tel un medecin. Les parents rangent leur magazine tel des patients. Vous leur serrez la main tel un medecin et les invitez à venir s'asseoir. Les patients accompagnés de leur enfant attendent le bon diagnostic et les bons médicaments. Vous leur parlez de choses qu'ils ne comprennent pas toujours (un medecin quoi!).
Et ce mécanisme va se répéter à trente reprises. Comme les medecins, vous rencontrerez des parents différents :
- Les parents chiants qui vous tiennent comme seul responsable des mauvaises notes de leur enfant.
- Les parents qui vont vous féliciter et vous offrir la petite boîte de chocolat qui va bien.
- Les parents qui vont attendre désespérement la moindre faille de votre part pour vous la faire remarquer.
- Les parents qui vont vous confondre avec une assistante sociale : "vous savez pour nous, ce n'est pas facile en ce moment..."
- Les parents qui ajusteront la liste du père noël en fonction du livret. L'enfant vous regarde avec pitié.
- Les parents qui vont vous expliquer votre métier.
- Les parents qui profiteront de ce rendez-vous pour vous demander si vous faîtes grève.

Et puis vous rencontrerez des situations moins habituelles :
- L'enfant qui rentre seul, sans ses parents. Ceux-ci ont préféré faire les courses.
- Les parents qui sont catastrophés par les notes de leur enfant alors qu'elles sont excellentes
- Les parents qui sont contents du livret scolaire alors que les notes sont catastrophiques.
- Les parents qui sont mécontents du livret, les notes sont en effet décevantes mais vous apprendrez le lendemain que la mamie a glissé un billet de 50€ à la gamine pour la féliciter.

Et puis vous rencontrerez des moments où vous vous sentirez bien seul :
Une famille arrive : papa, maman et les huit enfants. Chrono en main, cela ne doit pas dépasser cinq minutes.
Durant tout ce temps, vous allez expliquer à la maman que son fils ne travaille pas, qu'il rêve en classe, qu'il est insolant et bagareur. La maman vous écoute attentivement, elle semble tomber à la renverse. Mais non, à la fin du rendez-vous, elle vous glissera un petit mot timide :


"Yé né parl pas lé françé"

dimanche 19 décembre 2010

Les visites (2)

Vous l'avez donc compris, les professeurs des écoles sont évalués plusieurs fois et ce, durant deux ans : la première année, en tant que stagiaire, les visites s'orientent vraiment vers une évaluation dont le but est la titularisation en fin d'année. La deuxième année, vous êtes (normalement) titulaire, les visites sont là pour vous donner des conseils pratiques.

Retour sur l'an passé :
Mes visites ne se sont pas toujours bien passées. J'étais dans une école maternelle. L'équipe était assez âgée et expérimentée. Il a fallu trouver sa place : vous êtes professeur des écoles stagiaire, vous remplacez un enseignant une journée dans la semaine. L'équipe vous réserve un accueil très moyen : vous êtes débutant, vous n'avez jamais mis les pieds dans une classe, vous n'avez pas d'expériences, vous êtes donc forcément un boulet pour eux.
Pour ma part, je remplaçais le directeur de l'école le lundi. En effet, dans mon école, le directeur avait une classe. Il était déchargé de celle-ci une journée dans la semaine pour faire son boulot de directeur (paperasse et compagnie).
L'intégration au sein de l'équipe ne s'est jamais faite. En tant que stagiaire, vos connaissances sur le métier sont neuves, on vous a appris une certaine façon d'enseigner, une méthodologie neuve que les anciens ne comprennent pas. Il y a donc un fossé entre les "vieux" enseignants et les "jeunes".
Quand je vous dis que je n'étais pas accepté en voici quelques exemples : lors de mes trois visites, l'équipe (pour ne pas dire le directeur) a tout fait pour que mes visites ne se passent pas comme prévu.

1ere visite (mois d'octobre) : Cela fait un mois que vous enseignez et vous voulez en mettre plein la vue à l'IMF qui vient vous voir. Mais vous n'avez aucune expérience, vous ne savez pas ce qui est "bien" et ce qui ne l'est pas. La visite se déroule sur une matinée. L'IMF s'asseoit au fond de la classe et vous observe. J'avais prévu une séance de "sport" sous forme d'ateliers de motricité sur le thème "courir, sauter, lancer".
La veille au soir, j'avais installé le parcours de motricité dans la salle prévue à cette effet. Personne pour vous aider à déplacer les éléments du parcours parfois très lourds. Tant pis. Vous passez donc une bonne heure à préparer votre parcours. A la fin, vous êtes satisfait. Vous vous dîtes que l'IMF prendra en compte la motivation et le temps de préparation. Elle verra que vous êtes un enseignant consciencieux qui prépare ses journées avec méthode.
Le lendemain, l'IMF est là. Il est 8h30, vos élèves arrivent dans la classe. A partir de ce moment là, vous faîtes attention à tout ce que vous entreprenez, tout ce que vous dîtes. 9h. Il est l'heure d'emmener vos élèves dans la salle de motricité. Vous avez hâte que les élèves et l'IMF découvrent le parcours que vous installez à la sueur de votre front. Mais lorsque vous ouvrez la porte de la salle : plus de parcours, la salle demeure vide.  Vous apprendrez plus tard, que votre directeur a tout rangé car le parcours "gênait".
Une semaine après, vous recevez votre rapport de visite : Avis Insuffisant. (rapport qui soulignera le manque de préparation de vos ateliers, un comble!)

2e visite (mois de janvier) : Les relations avec l'équipe ne s'arrangent pas. Votre directeur vous prévient que votre deuxième visite aura lieu ... le lendemain. "J'ai reçu le mail pour votre visite il y a quatre semaines mais j'ai com-ple-te-ment oublié de vous le dire, hi hi hi!!!" Vous commencez à paniquer, vous aviez prévu une petite soirée sympa ; tant pis pour vous, vous la passerez à bosser.
Le lendemain, vous arrivez à l'école les yeux rougis de fatigue,vous avez passé la nuit à préparer votre visite "imprévue". Dès votre arrivée, vous vérifiez que tout est là et que rien n'a bougé. Vous ne voulez quand même pas reproduire les mêmes erreurs que la dernière fois! Cette fois, vous vous dîtes que tout va bien se passer. Mais non, votre directeur a plus d'un tour dans son sac ! Aussi, rien que pour vous embêter, il profitera de votre visite pour accueillir tous les parents dont les enfants entreront en petite section la rentrée suivante. Des parents angoissés à l'idée de scolariser pour la première fois leur premier enfant. Par conscience professionnelle, le directeur proposera donc à chaque famille une petite visite guidée de l'école.
Pendant ce temps là, vous êtes dans votre classe, tout se passe bien, votre IMF retrouve son sourire. Cela ne durera pas. A partir de 9h, vous allez voir votre porte s'ouvrir toutes les 5 minutes (sans frapper évidemment). La porte ouverte, le directeur est là accompagné d'une famille, elle crie : "ET VOICI MA CLASSE DE MOYENNE SECTION !" . Les élèves et l'IMF sursautent. La porte se referme en claquant. Ce stratagème se reproduira toutes les cinq minutes avec une famille différente. Vous étiez en atelier lecture (ambiance bougie et histoire qui fait peur), vos élèves étaient concentrés, silencieux. En l'espace d'une fraction de seconde, vos élèves se suivent plus, ils crient, certains pleurent. Vous n'arriverez plus à les canaliser. La séance est fichue. Vous apprendrez plus tard, que le directeur s'est abstenu de faire visiter les autres classes. Seule la votre a subi cela.
Une semaine après, vous recevez votre rapport de visite : Avis Insuffisant. (rapport qui soulignera le manque de gestion des élèves, un comble!)

3e visite (mois de juin) : La fin de l'année approche, vous êtes plus fort que jamais? Vous êtes plus expérimentés qu'en début d'année. Depuis le mois de janvier, les "crasses" de votre directeur sont de plus en plus imaginatives bien que puériles. Aussi, à Pâques, il aura détourné les boîtes de chocolat offertes par les parents qui vous revenaient. Il ne vous invitera pas au déjeuner de l'équipe de fin d'année. Tant pis. c'est alors que vous apprenez par hasard que votre troisième visite est prévue pour la semaine prochaine. Cette fois, ce n'est pas un IMF. C'est le conseiller pédagogique représentant l'inspecteur qui vous vient vous évaluer pour vous titulariser. Si cette visite est un échec, vous pourrez dire adieu à la belle carrière qui vous attendait. Le matin de la visite, vous êtes évidemment stressé à l'idée de savoir ce que votre directeur vous a concocté pour aujourd'hui.
8h30 passe, 9h passe, 10h passe, 11h passe. tout va bien. C'est louche. La matinée se termine. Vos élèves sont en atelier peinture. Les mains sales et la blouse sont de rigueur. Lorsque tout a coup, vos espoirs s'effondrent en l'espace d'une fraction de seconde lorsque l'alarme incendie se déclenche. S'agit-il d'un exercice? Vous n'êtes pas au courant. Pourtant en fin d'année, vous êtes prévenu lorsqu'un exercice est prévu. Sans paniquer, vous prenez votre registre d'appel, vous rassemblez vos élèves et vous sortez dans la cour. Le conseiller pédagogique a l'air furieux. Vos élèves sont distraits, bruyants, effrayés. Certains hurlent, d'autres sont effrayés. Vous réussissez à les calmer tant bien que mal, vous les comptez, ils sont tous là. heureusement. 11h20. Il reste 10 minutes avant l'arrivée des parents. Votre séance est fichue.
A 11h30, vous savez qu'un entretien avec le conseiller pédagogique vous attend. Votre carrière est entre ses mains. Mais étrangement, à 11h30 pas de conseiller pédagogique, vous êtes seul dans la classe.
Vous apprendrez plus tard que l'exercice incendie était prévu pour le lendemain, que tout le monde était au courant, sauf vous, et que le directeur s'est fait incendié (c'est le cas de le dire) par le conseiller pédagogique dès 11h30 car il n'a pas fait son devoir vis à vis de vous.
Une semaine après, vous recevez votre rapport de visite : Avis Satisfaisant. (rapport qui soulignera votre efficacité dans l'exercice incendie "malgré un contexte difficile", un comble...pour le directeur!).

J'ai appris quelques mois plus tard que mon directeur fut inspecté par notre cher Inspecteur accompagné... du conseiller pédagogique. La note du directeur fut inférieure à celle obtenue lors de son précédente inspection, ce qui est très rare.

Je gagne toujours.

samedi 4 décembre 2010

Les visites (1)

Si on fait un rapide sondage chez les enseignants, on se rend compte qu'ils détestent être observés par des adultes lorsqu'ils enseignent. C'est plutôt paradoxal puisqu'être enseignant c'est être écouté et regardé toute la journée.

En tant qu'enseignant débutant, nous avons des "visites" en classe plusieurs fois par an.

L'an passé, j'étais alors "professeur des écoles stagiaire", j'ai été visité à quatre reprises durant l'année scolaire. L'objectif de cette année était la titularisation donc pas de faux pas! Mais alors qu'est-ce qu'une visite et en quoi cela consiste?

La visite d'un enseignant stagiaire, c'est tout simplement son évaluation! Une personne vient vous observer en classe et vous évalue. La différence avec l'inspection, c'est que vous n'êtes pas encore titulaire donc vous pouvez être éjecté!

Vous pouvez être visité par deux types de gens : les maîtres-formateurs (IMF) et les conseillers pédagogiques.
- Les IMF sont des professeurs des écoles très expérimentés qui ont passé un diplôme supplémentaire au cours de leur carrière : le CAFIPEMF. Ce diplôme leur donnent le droit de former les jeunes lauréats du concours d'instit. Ils donnent donc des cours à l'IUFM. Ce sont les profs des profs. En plus des cours, ils viennent observer les stagiaires dans les classes trois fois dans l'année et , à la manière d'une inspection, leur attribue une note.
- Les conseillers pédagogiques ne dépendent pas du tout de l'IUFM. Ils travaillent à l'inspection et sont là pour donner des conseils ou pour aider des enseignants dans la mise en place de gros projets pédagogiques.  Eux aussi viennent vous visiter dans vos classes. Ils viennent observer un stagiaire une fois (en fin d'année scolaire), et lui attribue une note. Cette visite est très importante car le conseiller pédagogique représente l'inspecteur. La note attribuée décide de la titularisation du stagiaire.

L'année dernière, j'étais stagiaire. J'ai été visité quatre fois. Je me rappelle de la boule au ventre : ces gens qui arrivent dans vos classes, s'assoient au fond de la classe, un regard de marbre et une expression on ne peut plus neutre. Il restait dans la classevune demi-journée. C'est long une demi-journée. Vous manquiez de sommeil et vous aviez hâte que ce soit terminé.
A l'issue de la phase d'observation, vous aviez un entretien ou l'on vous disait tout ce qui était négatif (on vous disait rarement ce qui était positif).
Quelques jours après, vous receviez un rapport de visite de plusieurs pages sur lequel figurait des appréciations. On vous évaluait sur 10 critères :
- Agir en fonctionnaire de l'Etat de façon éthique et responsable
- Maîtriser la langue française pour enseigner et communiquer
- Maîtriser les disciplines et avoir une bonne culture générale
- Concevoir et mettre en oeuvre son enseignement
- Organiser le travail en classe
- Prendre en compte la diversité des élèves
- Evaluer les élèves
- Maîtriser les techniques de l'information et de la communication
- Travailler en équipe et coopérer avec les parents et les partenaires de l'école
- Se former et innover

Pour chaque critère, on vous avait attribué une appréciation :
- très insuffisant (--)
- insuffisant (-)
- satisfaisant (+)
- très satisfaisant (++)
ainsi qu'une appréciation générale du même type.

(la suite prochainement)

vendredi 26 novembre 2010

Le choc des générations

L'école a beaucoup évoluée depuis ces 50 dernières années, et à tous les points de vue : réformes, statut de l'enseignant, staut de l'élève, rôle des parents.
Petit retour en arrière, en 1950 un élève pouvait arrêter ses études à 14 ans, il passait son certificat d'étude. Comme outils, les élèves en uniforme étaient installés sur des pupitres et avaient à disposition des encriers, la plume "sergent major" et des cahiers. Les filles et les garçons étaient séparés, le maître d'école incarnait l'autorité à lui tout seul (châtiment corporel de rigueur).
Les apprentissages, eux, étaient magistraux : certains se rappelleront des "leçons de choses", une leçon de "sciences" où l'on découvrait les différents métiers en vue indirecte vers une orientation professionnelle précoce.

Aujourd'hui, vous êtes tous d'accord pour dire que l'école n'a plus rien à voir avec ça (je ne donne pas mon avis là dessus). Pourtant, chez beaucup de gens, cette image de l'école n'a absolument pas évoluée.

Aussi, au jour d'aujourd'hui vous pouvez (comme moi hier) rencontrer la situation suivante : vous discutez de votre métier avec une dame (pourtant pas âgée). Tout ira bien jusqu'au moment où elle vous posera cette simple question qui, à mon sens, révèle beaucoup de choses sur l'avancée (trop?) rapide de notre société :

"Alors, vous Monsieur, vous êtes le maître des filles ou le maître des garçons?"

A ce moment là, vous serez complètement démuni.


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Nous parlions justement des fournitures scolaires, je vous laisse regarder ces deux vidéos qui, d'une certaine manière confirment ce qui est dit plus haut.

Les fournitures scolaires autrefois :


Les fournitures scolaires aujourd'hui :

mercredi 24 novembre 2010

Le NUMEN

Plus fort que le code PIN de votre téléphone portable, plus fort que votre numéro de carte bleue, plus fort encore que le matricule des prisonniers, le NUMEN est LE code de l'enseignant.
Composé d'une quinzaine de lettres et de chiffres qui n'ont de sens pour personne, ce code vous est attribué dès votre entrée dans le métier et vous suivra jusqu'à la retraite. C'est dire...

Mais à quoi peut-il servir?
Votre NUMEN personnel vous est utile pour plusieurs choses :
- Remplir des papiers dès que vous changez d'école. En effet, à chaque fois que vous êtes accueilli dans un nouvel établissement, vous devez remplir une fiche de renseignements pour l'inspection ; renseignements qui sont d'écoles en écoles ... toujours les mêmes : nom, prénom, NUMEN, date de naissance, date de dernière inspection etc.
- Participer au "mouvement". Nous y reviendrons prochainement. Nous pouvons définir le mouvement comme un organisme qui gère les affectations des enseignants pour la rentrée suivante. Dans le cas où, comme moi, vous n'avez pas de poste à titre définitif dans une école, vous devez donc changer d'école chaque année. Pour cela, votre NUMEN sera indispensable pour vous connecter au site Internet du mouvement et emettre des voeux d'affectations.
- Vous connecter à votre messagerie professionnelle. Oui, vous êtes enseignement, l'Académie vous offre généreusement une adresse professionnelle, peu pratique. Pourquoi? Parce qu'avoir une adresse du type "martin.dubois @ac-versailles.fr" est toujours plus classe que "bibi5875@hotmail.com". Logique. Votre NUMEN sert donc, dans un premier temps, de mot de passe d'accès à votre messagerie. Sauf que la plupart des enseignants ne s'en servent pas.

L'attribution du NUMEN, pour tout nouvel enseignant, a le goût d'une cérémonie officielle. Il est en général envoyé par courrier : une belle enveloppe tamponée par le Ministère arrive dans votre boîte aux lettres. Après ouverture, une lettre classique qui vous indique en gros votre NUMEN confidentiel. Détail qui aura de l'importance dans la suite de l'article : ce numéro n'est communiqué qu'une seule fois : sur cette fameuse lettre.

Jusqu'ici, tout va bien. Sauf qu'un jour, un collègue vient vous voir en vous disant :
- Tu as vu sur le mail, on a une réunion demain (samedi) à 9h!
- Ah non, je n'ai rien reçu!
- Mais siiiii, le mail que l'on a reçu sur la messagerie "versailles", il y a une convocation en pièce jointe!
- Ah bon, j'irai voir!

Et à ce moment précis, vous faîtes une sorte de règle de 3 dans votre tête : "Pour me connecter, il me faut le NUMEN ; Le NUMEN est sur la lettre ; OU EST LA LETTRE?"
18h, vous rentrez chez vous, et vous retournez votre appartement. Cela vous donnera une occasion pour faire le ménage par la suite. Vous cherchez partout : dans vos papiers, dans vos tiroirs, près du téléphone, autour du PC, dans votre agenda, derrière les toilettes (on ne sait jamais, un coup de vent et....).
Rien à faire : votre NUMEN est introuvable.
La seule solution qui s'offre à vous : téléphoner à l'Inspection.

Premier essai :
- (fond sonore : Vivaldi) (voix charmante mais enregistrée :  "Bienvenue à L'Inspection Académique, ne quittez pas, nous allons donner suite à votre appel........Ne quittez pas...")
3 minutes après
- ("Tous nos bureaux sont actuellement fermés, veuillez renouveler votre appel")Deuxième essai :
- (fond sonore : toujours Vivaldi) (voix charmante mais toujours enregistrée :  "Bienvenue à L'Inspection Académique, ne quittez pas, nous allons donner suite à votre appel.........Ne quittez pas...")
10 minutes après
- ("Toutes nos lignes sont actuellement occupées, veuillez renouveler votre appel")Troisième essai:
(fond sonore : encore Vivaldi) (voix charmante enregistrée :  "Bienvenue à L'Inspection Académique, ne quittez pas, nous allons donner suite à votre appel....Ne quitt...")
- INSPECTION ACADEMIQUE BONJOUR! (voix désagréable non enregistrée)
- Bonjour Madame, je vous appelle car j'ai égaré mon numen
- VOTRE NOM!
- Martin Dubois
- VOTRE NUMEN!
- Ben j'vous l'ai dit, je l'ai perdu!
- Ne quittez pas .........
(Vivaldi que l'on connaît désormais par coeur)..........
- Monsieur?
- Je vous passe le service concerné, ne quittez pas
(Vivaldi, vous commencez à la chanter aussi)..........
- Inspection Académique - Service Numen Bonjour!
- Bonjour Monsieur, je vous appelle car j'ai perdu mon numen
- Votre nom?
- Martin Dubois
- Ne quittez pas, je vais chercher votre dossier
(Pas de Vivaldi cette fois, mais vous entendez toute la conversation du bureau : "Henriette, il reste du café, j'en ai pour un moment y'en a encore un qui a perdu son numen!")
- Monsieur, je ne trouve pas votre dossier!
- Ah bon, pourtant je suis bien enseignant!!! On m'a donné mon Numen l'année dernière
- Vous êtes NT1?
- Euh oui!
- Fallait le dire tout de suite, c'est pas moi qui m'en occupe! Ne quittez pas, je vous passe le service concerné
(Vivaldiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii)
- Allo Monsieur Dubois?
- Oui (rassuré)
- Vous avez perdu votre Numen?
- Ouiiii
- Je vais vous donner le numéro du service concerné, prenez de quoi noter (grrrrr!)

C'est à ce moment là que vous prenez la première feuille qui vous vient, vous notez le numéro.
Après avoir raccroché, vous composez ce numéro :
"Le numéro demandé, n'est pas attribué"

Nous savons tous que ce genre de problème existe dans toutes les administrations. Vous enragez sur le système. Mais le hasard est vicieux lui aussi.
Aussi, quand vous retournerez la feuille sur laquelle vous avez noté le numéro, vous vous rendrez compte très vite qu'il s'agit de...

...votre NUMEN.

dimanche 21 novembre 2010

Le remplaçant

Popularisé par le célèbre Victor Novak dans le feuilleton "L'Instit", le remplaçant est une figure incontournable du milieu enseignant. Victor Novak... ce quadragénaire gentil, serviable qui est prêt à parcourir toute la France (départements outre-mers compris) sur sa belle moto pour faire son travail. Il arrive dans des classes d'élèves sages qui sont attentifs de 8h30 à 16h30. Des classes où les élèves lèvent le doigt pour poser des questions toujours intelligentes, ils ne bavardent pas et ont toujours des bonnes notes! Victor arrive même à résoudre les problèmes de ses élèves en moins d'une semaine! Quand il part vers une autre "mission", les enfants sont tristes, les parents aussi : "vous allez nous manquer!". Quel homme ce Victor!

"L'Instit" ou comment vulgariser le métier d'enseignant pour les ménagères de moins de 50 ans!

Dans la réalité, le métier de remplaçant est plutôt pénible bien qu'il ait quelques avantages.

Il existe à ma connaissance quatre types de remplaçants :
- Le BD (Brigade départemental). Le BD peut effectuer des remplacements dans la totalité du département dans lequel il est affecté. Il fait des remplacements longs : longue maladie, congés maternités, stages de formation.
- Le ZIL : Le ZIL est affecté dans une "zone d'intervention localisé". il fait donc des remplacements très courts (en théorie). La durée de son remplacement peut varier d'une demi-journée à trois jours.
- Le TS (Titulaire de secteur). Ce n'est pas vraiment un remplaçant mais il est considéré comme tel. Les TS complètent les enseignants à 75% ou à mi-temps ainsi que les directeurs qui ne sont pas complètement déchargés. (En desssous de 14 classes dans l'école, le directeur a lui aussi une classe, mais il peut être déchargé une ou deux journées pour s'occuper de la direction de l'école). Le TS est donc affecté sur plusieurs classes tout au long de l'année.
- Le PPS (ex PE2) : C'est un professeur stagiaire qui fait des remplacements dans le but de se former. Il remplace des professeurs en formation ou comme pour le TS, des directeurs déchargés.

Par déduction, vous comprendrez que le statut de Victor Novak n'existe pas et n'a jamais existé.

Etre remplaçant comporte quelques avantages : peu de copies à corriger (ZIL), des indemnités pour les longs déplacements  (BD), davantage de points d'ancienneté (un article sera consacré très prochainement à ce sujet). Mais il comporte aussi beaucoup d'inconvénients : pas de reconnaissance, pas de classe à soi, pas de collègues.

Il y a quelques phrases que le remplaçant doit accepter d'entendre tous les jours :
- La maîtresse, elle fait pas comme ça (élève)
- Ah enfin! (quand vous arrivez dans une école)
- Ce matin vous irez à... (lorsque l'inspection vous appelle à 8h00 pour 8h30)

Mais être remplaçant vous donne un certain pouvoir que les autres n'ont pas : vous rencontrez un nombre impression d'enseignants, de parents, d'élèves. Aussi, lorsque vous rencontrerez toutes ces personnes, vous avez 100% de chances d'entendre des critiques sur l'enseignant que vous remplacez :
- Ah ben vous au moins, vous êtes à l'heure! La maîtresse, elle est toujours en retard pour ouvrir le portail!
- Mme X, elle donne des punitions toute la journée.
- Mon fils n'a pas oublié son carnet de correspondance! C'est formidable! Parce que avec la maîtresse, il l'oublie tout le temps

Malheureusement,  vous apprendrez un jour ou l'autre que l'inverse marche aussi. Lorsque vous êtes de retour d'un congé maladie par exemple, les parents n'hésiteront pas à faire des critiques sur votre remplaçant :
- Ah ben vous au moins, vous êtes à l'heure! Le remplaçant, il était toujours en retard pour ouvrir le portail!
- Votre remplaçant donnait des punitions toute la journée
- Mon fils n'a pas oublié son carnet de correspondance! C'est formidable! Parce que avec le remplaçant, il l'oubliait tout le temps!

Comme dirait Paul Valéry : "Il y a des critiques qui ne demeurent "critique" que le temps de n'avoir pas réfléchi."

vendredi 19 novembre 2010

Quand le ton monte...

Professeur des écoles est un métier magnifique mais parfois prenant.
Aussi, il pourra vous arriver, de temps en temps, d'entendre des collègues faire quelques mélanges!
Par exemple, une collègue m'a raconté aujourd'hui l'anecdote suivante :

Comme très souvent une de ses élèves vient la voir dans la cour de récréation :
- Maîtreeeeeeeeeesse, maîtreeeeeeeeeesse!
- Attend, je suis occupée :  tu vois,  je parle déjà avec un de tes camarades!
- Maîtreeeeeeeeeesse, maîtreeeeeeeeeesse!
- (le ton monte) Ecoute, attend ton tour, je viens de te dire que je suis occupé avec ton camarade!
- Maîtreeee...
- BON VA AU PANIER! enfin...va ailleurs!

ben oui ça peut arriver!

jeudi 18 novembre 2010

La photocopieuse

 Ce matin, vous êtes de bonne humeur. Vous avez passé la soirée d'hier à corrigé les leçons de vos élèves, puis leur avez concocté une superbe séance d'étude de documents historiques sur laquelle vous avez passé énormément de temps : recherches sur internet, sélection des documents, mise en page d'une fiche. etc.
Vous êtes levé du bon pied, le soleil pointe le bout de son nez, la journée sera ensoleillée : votre séance de sport ne sera pas compromise. De plus, nous sommes vendredi, et ce soir c'est le weekend...

Il est 8h00, vous arrivez de pied ferme à l'école. En effet, aujourd'hui vous avez décidé de venir à l'école un peu plus tôt car vous avez ces fameux documents historiques à photocopier en format A3 et en 30 exemplaires.
8h05 : personne à la photocopieuse. C'est suffisamment rare pour le signaler. Il faut préciser ce petit détail qui a toute son importance : il y a UNE photocopieuse pour les 14 classes de l'école.

8h06 : vous jetez un oeil dans votre casier où vous avez soigneusement déposé votre stock de feuilles. Quelle chance, il me reste des feuilles A3!
8h07 : Bien entendu, ce cadre idyllique ne durera pas : votre journée qui avait pourtant si bien démarré va vite se transformer en cauchemar : pour commencer, vous réalisez à la vue de l'épaisseur du paquet, que vous n'avez pas assez de feuilles pour photocopier vos documents en 30 exemplaires. Pourtant vous étiez persuadé d'en avoir laissé suffisamment. Un collègue a dû passer par là...
8h08 :  En vitesse, vous escaladez les deux étages qui séparent la photocopieuse de votre classe pour aller chercher de nouvelles feuilles. Bien sûr, la ramette entamée est vide. Vous devez en ouvrir une autre. Le cutter a disparu. Vous renversez vos tiroirs avant d'en trouver un.....sur le bureau. Vous prenez un bon paquet de feuilles et redescendez les deux étages en courant.
8h13 : Ouf! Vous avez enfin tout votre matériel. mais lorsque vous poussez la porte de la salle des maîtres, vous découvrez qu'en quatre minutes, la photocopieuse a été envahi par tous vos collègues, arrivés entre-temps.
8h14 : C'est la queue. Les collègues de CP font leurs photocopies pour la semaine. 
8h20 : C'est votre tour! Non, messieurs-dames, les choses se déroulent trop rapidement, trop facilement. Un collègue arrive en courant et vous pique votre place : "je suis de service, je suis à la bourre, t'inquiète j'en ai que deux à faire". Malheureusement, juste avant qu'il n'arrive, vous aviez déjà installé vos feuilles A3 dans la machine. Lorsque votre collègue réalise qu'il a photocopié ces documents en A3, il beugle sur la photocopieuse et recommence!
8h23 : C'est votre tour. Vous pensiez être tranquille, avoir surpassé de nombreuses épreuves : les feuilles manquantes, le cutter, les collègues du CP, le collègue à la bourre... mais NON! Les ennuis ne font que commencer :
8h24 : Dans la précipitation, vous avez oublié que le précédent collègue avait justement changé les paramètres de la photocopieuse. Résultat : vos documents sortent en A4. Vous appuyez sur "Annuler" ; sur l'écran : "Arrêt en cours" mais rien n'y fait, les feuilles continuent de sortir. Un collègue arrive : "Faut appuyer sur "Job Statut", sur "Work in progress" et sur "Stop!"". Bien sûr... c'était évident : pour annuler, il ne faut pas appuyer sur "Annuler" mais sur "Job statut". Logique!
8h27 : Vous avez ENFIN lancé votre série de 30 exemplaires en A3 (vous avez vérifié). La première feuille sort de la machine, vous vérifiez, tout est en règle. lorsque SOUDAIN!


Bip, bip, bip!
Un message apparaît sur l'écran de la photocopieuse : 


"Fatal Error - Invalid system. Call service c6000"


Il est 8h28. 


Immédiatement, sans même comprendre ce qu'il se passe, vous ouvrez les différents tiroirs de la machine : pas de bourrage papier (pourtant très fréquents voire quotidiens!). Réflexe : vous éteignez la photocopieuse puis la rallumez. 8h29. "Préchauffage en cours". Un collègue arrive vers vous : il espère en vain d'avoir le temps de photocopier ces documents. Lorsqu'il vous voit galérer, il vous glisse la petite réflexion qui va bien : "Eh! Les photocopies, faut pas les faire à la dernière minute!"


8h30. "Driiiiiiiing" La sonnerie de l'école vous rappelle à l'ordre. Vos élèves vous attendent dehors, vous savez qu'ils font n'importe quoi. Enfin! La photocopieuse est prête, et le problème a "disparu". Vous relancez votre série de 30 exemplaires. 
Mais il y a des jours où vous avez l'impression que le monde est contre vous : au bout de quelques secondes : vous avez un nouveau message sur l'écran : 

"Plus d'encre. merci de changer le toner!"




mercredi 17 novembre 2010

Les S.I.G.L.E.S

Depuis plusieurs dizaines d'années maintenant, une grande mode insoupçonnée a fait son apparition. Plus forte que la collection automne-hiver de Jean-Paul Ga...pardon! JPG, elle s'est progressivement installée dans notre quotidien. Je parle bien évidemment de la mode des sigles. A l'heure où l'Education Natio....pardon! le MEN s'inquiète du niveau de langue de nos élèves, pointant comme responsable le succès des tex....pardon! des SMS, il serait peut être intéressant de se tourner justement vers les vrais responsables.

En effet, l''Education Nat...pardon! le MEN (décidément!) a même intégré sur son site intern..pardon! site WEB, une liste de sigles propres à son administration. Après un rapide calcul, j'ai compté pas moins de 850 sigles employés dans notre chère administration. Le comble, c'est qu'en regardant d'un peu plus près j'ai constaté deux choses :
- Moi même, en tant que professeur des écoles, je n'en connais pas la moitié.
- La liste est ... incomplète! Eh oui, j'en ai trouvé encore d'autres, non listés.

Je ne vais pas vous faire l'honneur de copier cette liste ici (elle tient sur 27 pag...pardon! feuilles A4.
En revanche, juste pour que vous puissez vous rendre compte de l'état actuel de notre société, voici les sigles les plus utilisés dans notre métier :

- PE = professeur des écoles : c'est vrai qu'il est très pénible de dire "professeur des écoles"!
- IUFM = Institut Universitaire de Formation des Maîtres : l'école des maîtres
- EMPU et EEPU = école maternelle/élémentaire publique : le mot "école" est tellement démodé...
- IO = instructions officielles : les programmes quoi!
- IA = Inspection Académique
- IEN = Inspecteur de l'Education Nationale  : le chef
- ATSEM = Agent territorial spécialisé en école maternelle (voir article "Atômes crochus")
- AVS = Auxiliaire de vie scolaire (voir article "Atômes crochus")
- BD = Brigade départemental (le remplaçant)

Je m'arrête là.
Dites vous bien que le langage propre au professeur des écoles est rythmé de ces sigles pas toujours clairs! Le pire, c'est que le gouvernement incite même nos élèves dès le plus jeune âge à connaître des sigles. Ainsi, dans les program...pardon! les IO, certaines compétences relèvent de l'apprentissage de certains sigles et autres abréviations.
- en CE2 : "Savoir ce qu'est une abréviation (ex. "adj" dans un article de dictionnaire)"
- en CM1: "Se servir des codes utilisés dans les articles de dictionnaire"
- en CM2 : "Comprendre des sigles"
A l'école, mes élèves sont donc baignés dans une culture de sigles : il sont en CM1...pardon! Cours Moyen 1ere année, ils ont EPS...pardon! Education Physique et Sportive, SET...pardon! Sciences expérimentales et technologies, ils doivent valider leur B2i...pardon! leur brevet informatique et internet, dans des séances où l'on utilise les TUIC... pardon! les Techniques Usuelles de l'Information et de la Communication ou à la BCD... pardon! la Bibliothèque Centre Documentaire. Certains ont des PPRE...pardon! des programmes personnalisés de réussite éducative et vont au RASED pardon! au réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficultés ou en CLIS...pardon! en classe d'intégration scolaire voire en SEGPA ...pardon! en section d'enseignement général ou professionnel adapté . D'autres viennent de ZEP...pardon! de Zones d'Education prioritaire. etc. etc.

Le plus drôle est de surprendre des conversations en salle des maîtres du type :
- Je suis remplacé par un ZIL!
- Ah bon c'est pas un BD?
- Non j'ai appelé l'IEN ce matin ils n'avaient que des ZIL, des TS ou des PES!
- Donc un ZIL te remplace pendant ta FID
- Oui ma FID organisé à l'IUFM par le CPC, les IMF et les PEMP
- Tu vas faire des cours de FG, MLAD et SVT?
- Non, lundi, j'ai ASF, APPR, et APPD. mardi, je suis en TA, et SUAPS et jeudi j'observe une CLIS dans une RAR
etc.
Je vous jure que ce genre de conversations existe!
Le plus drôle, c'est quand elles se terminent par la sonnerie (fin de la récréation) et que l'instit dit à l'autre
- J'y vais, j'ai monté une séance en français sur le vocabulaire! Je galère un peu au niveau des consignes, j'ai l'impression qu'ils ne comprennent rien à ce que je leur demande

dimanche 14 novembre 2010

Le portail

Il est vrai que pour beaucoup de gens, notre métier consiste à enseigner/éduquer/instruire leurs enfants (tout dépend du point de vue de chacun). Le professeur des écoles a en effet à sa charge entre 20 et 30 élèves (voire plus), tout au long de la journée et tout au long de l'année. Une année dans lequel l'objectif principal est d'enseigner LE programme de l'éducation nationale en vigueur.

Mais le professeur des écoles a également une autre tâche très importante : assurer ses services. Entendez par là : surveiller la récréation, éventuellement la cantine, jouer à l'infirmier pour les petits et gros bobos ; sans oublier une tâche très importante : ouvrir et fermer le portail.

Le portail qui fait le lien entre ce microcosme qu'est l'école ou règne un monde à part, avec le monde extérieur et tous ses dangers.

8h00. L'école n'ouvre que dans 20 minutes. La plupart de l'équipe enseignante est sur le chemin de l'école, tout comme les élèves. Quelques courageux ont déjà monopolisé l'unique photocopieuse de l'école. Déjà, quelques familles arrivent devant le portail, encore fermé. Qu'il vente ou qu'il neige, ils éprouveront une sorte de satisfaction à être arrivés les premiers. Aussi, ils se positionneront devant le portail afin d'assurer leurs places jusqu'à l'ouverture. certains tenteront en vain d'ouvrir le portail, on ne sait jamais.
8h10. L'école ouvre dans dix minutes. Déjà, de nombreuses familles font le pied de guerre devant l'école. Les mamans ont entamé une longue discussion sur l'avenir de leurs enfants. D'autres se remémorent leurs journées d'hier. D'autres critiquent l'enseignant de leur enfant : "Moi mon fils n'a jamais de devoirs!" "Moi mon fils a trop de devoirs!"...
8h15. La pression monte. L'enseignant qui doit assurer son service termine ses dernières photocopies. Il jette un coup d'oeil par la fenêtre, un autre à sa montre. Il profite de ses derniers instants au calme. Au portail, les esprits commencent à s'échauffer. on perçoit les premiers pleurs et les premières bousculades. Certains parents s'engueulent : "J'étais là avant!" dit l'une. "Non, je suis arrivée avant vous" répond l'autre.
8h20. L'enseignant de service prend une grande inspiration, prend ses clés et s'avance d'un pas assuré vers le portail. A ce moment précis, vous rencontrerez deux cas de figure.
Premier cas : il fait beau et chaud. Vous arrivez pour ouvrir le portail, vous entendez les parents qui parlent de vous (pas toujours de façon discrète) : "Lui, il est toujours à l'heure!"
Deuxième cas : il fait froid et il pleut. Vous arrivez pour ouvrir le portail, vous entendez les parents qui parlent de vous (pas toujours de façon discrète) : "Lui, il est toujours en retard!"
8h20 30s. Vous vous avancez vers le portail, les parents embrassent leurs enfants et se tassent vers la porte. Il y a des cris, des pleurs, des bousculades. Nicolas a marché sur le pied de Laura, Justin a fait tombé toutes ses cartes.
8h20 40s. Vous insérez la clé dans la serrure
8h20 50s. Le portail est ouvert. A ce moment là, vous n'êtes plus professeur des écoles pendant 30 secondes. Vous avez changé de métier, vous êtes désormais le vigile du Palais Omnisport de Bercy le soir d'un concert de Johnny Hallyday, qui a ouvert les grilles et se pousse pour ne pas se faire écraser par les nombreux fans inconditionnels du chanteur.
8h22. En une minute, les trois quarts des élèves sont déjà dans la cour.
Et là, le plus intéressant commence. Un moment intense qui va durer huit minutes. A peine réveillé, vous allez devoir subir toutes les plaintes des parents. Ainsi, vous allez entendre toutes sortes de choses comme :
- Ce n'est pas normal, mon fils est rentré de l'école avec ses chaussures toutes sales!
- Ce n'est pas normal, mon fils est rentré de l'école avec les mains sales!
- Ce n'est pas normal, mon fils a perdu son manteau hier!
- Ce n'est pas normal, mon fils est rentré de l'école sans son cahier de correspondance!
- Est-ce que je peux voir la maîtresse de mon fils? Pourquoi n'est-elle pas avec vous?
- Laurine a tapé ma fille (Sophie)!
- Sophie a tapé ma fille (Laurine)!
Et j'en passe.
8h30. Il est l'heure de fermer le portail. C'est à ce moment là qu'une vingtaine de familles amènent leurs enfants au portail. ce sont toujours les mêmes.
Le comble, c'est qu'ils attendent la dernière minute et vous glissent un : "Vous n'êtes pas à une minute près quand même!"

jeudi 11 novembre 2010

Le conseil d'école

Attention, nous rentrons à présent dans un sujet sérieux. Le conseil d'école, ce n'est pas de la rigolade.
C'est un peu le défouloire de questions et de réponses (pas toujours intéressantes et utiles d'ailleurs) chorégraphié à la manière d'un péplum façon pédagogique.

18h : nous arrivons dans une grande salle triste et sommaire dans laquelle les tables sont organisées de telle façon à obtenir une sorte de grand rectangle.
Chacun arrive dans cette salle de façon protocolaire et officielle. Un "bonjour" est de rigueur, le sourire pas forcément. On sent la pression monter, le malaise s'installer.
Chacun s'installe de façon stratégique.
- Nous avons  d'un côté le directeur, le maire (ou son représentant) et le secrétaire de séance. Le directeur est prêt, il relit ses notes (les points à aborder) et réfléchit déjà sur la manière de finir ce conseil le plus rapidement possible (bien sûr nous sommes vendredi soir). Le maire est décontracté, il n'a pas son écharpe de Miss et s'ennuie déjà. Le secrétaire règle son ordinateur, ses doigts sont échauffés, il est prêt.
 - Ensuite sur un côté du rectangle, nous avons les enseignants. Ils sont détendus, discutent entre eux. On peut alors percevoir des bribes de phrases du style : "et là tu sais ce qu'il m'dit?...Alors moi j'lui réponds..." ou "Alors du coup j'ai dit aux parents...." ou "Nan mais lui, j'en peux plus!"... Bref, que des phrases très intéressantes. Certains profitent de ce moment de flottement pour commencer à corriger leurs copies : stylo rouge en main, on devine à leurs têtes le résultat de l'élève.
- Enfin, en face des enseignants : les parents d'élèves, qui ont pris soin de s'installer par ordre d'association. Eux sont prêts, silencieux. Certaines (les femmes sont en forte majorité) montrent à leurs voisines l'enseignant de leur fils et vice-versa. Elles prennent leurs rôles très au sérieux (elles viennent d'être élues alors pas de faux-pas!)

 Nous sommes au mois de novembre, le premier conseil d'école va donc démarrer.

18h30. Un tour de table où chacun se présente. Bien sûr, à la fin du tour on aura tous oublié les noms de chacun.
Il est important de préciser l'effectif EXACT de l'école que les parents prennent le soin d'écrire avec méthodologie.
19h. Ensuite, durant près de trois heures, le face à face est endiablé. On évoque un point, les parents d'élève ont déjà préparé leurs questions bien à l'avance. Voici en exclusivité un florilège des questions posées :
- Combien y a-t-il d'urinoirs dans toute l'école?
- Combien y a-t-il d'enseignants dans la cour à la récréation de 15h?
- Pourquoi y a-t-il souvent de l'eau par terre dans les toilettes?
- Pourquoi y a-t-il autant de bruit à la cantine?
Les réponses sont données en général par le directeur, les enseignants sont muets (il faut dire que l'état des toilettes ne les concerne pas vraiment).
Attention de ne pas déraper : le conseil d'école ne doit évoquer que des points relatifs à l'organisation même de l'école. La pédagogie des enseignants ne doit surtout pas rentrer en compte. Aussi, vous aurez forcément une question du type : "Pourquoi l'enseignant de ma fille refuse-t-il de fêter la fête des mères?". D'un seul coup, les enseignants, muets jusqu'ici, rappellent (tous en même temps) que la question est ... hors-sujet.

Evidemment, pour corser le tout, les parents d'élèves ont préparé en plus de leurs questions, un certain nombre de critiques ouvertes, parfois violentes, sur notre organisation. Ces critiques commencent TOUJOURS de la même façon : "En tant que parent d'élève, je trouve anormal que..."
A ce moment là, on remettra en cause : les programme, le rythme scolaire, la durée de la récréation, le bruit à la cantine, les enseignants qui sortent de leurs classes à 16h35 au lieu de 16h30, l'impossibilité pour les élèves en retard le matin, de pénétrer dans l'école (le portail étant fermé) etc.
De leurs côtés, les enseignants évoqueront ensemble : les projets pédagogiques, le budget mais aussi le manque de café et le pont de l'ascension.

21h. L'échange n'est pas productif. Le directeur rappelle la liste des points qui restent à traiter et insiste sur le fait qu'il est déjà 21h. Rien n'y fait. On n'avancera pas plus vite. Certains parents d'élèves ont décroché ; de leurs côtés, les enseignants ont repris leurs copies.

Lorsqu'à 22h, le conseil est terminé. il est très intéressant d'écouter les parents d'élèves entre eux. On entendra des phrases du type : "Moi, ma fille se plaint toujours du bruit dans la cantine" ou "t'as bien fait de parler des urinoirs" ou "de mon temps..."

Finalement, pour conclure, les parents savent désormais combien il y a d'urinoirs dans les toilettes, pourquoi il y a de l'eau dans les toilettes, le nombre d'enseignants présents dans la cour à la récréation de 15h. Mais la plupart d'entre eux ignorent toujours un point très important : ce que leurs enfants apprennent en classe.

lundi 8 novembre 2010

Les punitions

Sujet sensible tant au près des parents que des pédagogues, la punition est un formidable moyen pour laisser une trace émotionnelle chez l'enfant en réponse à une faute commise de sa part.
On a tous le souvenir, parfois douloureux, des punitions infligées par notre professeur, lorsque l'on était enfant. A l'époque, cela ne posait de problème à personne si ce n'est pour l'intéressé, c'est à dire nous. (logique)
Aujourd'hui, même si la punition est un sujet très controversé, elle reste encore très présente à l'école. Bien sûr, le châtiment corporel est rigoureusement interdit même si entre nous, on a tous une anecdote à raconter sur un prof qui aurait transgressé cette règle un jour ou l'autre. (il paraît...)
Je dois avouer que parfois, la colère peut nous amener à faire des choses que l'on regrettent ensuite. Certains parents ne diront pas le contraire.
Donc finie l'époque du bonnet d'âne et des doigts brisés par une règle en fer, on en est plus là et heureusement d'ailleurs! Alors nos chers collègues ont trouvé un nombre assez conséquent de subterfuges pour punir un élève. Evidemment, les choses ne sont pas aussi simples. Quoique l'on fasse, les punitions sont très souvent critiquées, non pas sur leurs fonds mais sur leurs formes. En voici quelques exemples connus de tous :

1. les lignes : On a tous en mémoire, ces interminables lignes commençant toujours par "je ne dois pas". La punition la plus célèbre, tellement célèbre qu'elle est caricaturée très justement dans le générique du dessin animé américain "les Simpson" où l'on voit le héros, Bart, finir sa journée en copiant des lignes au tableau (la phrase copiée change d'ailleurs à chaque épisode)
Mais problème, selon les pédagogues, copier des lignes dénature complètement le plaisir d'écrire, notion fondamentale dans l'apprentissage de l'écriture. Comment voulez vous que l'élève aime écrire si pour lui écrire est synonyme de punition?
2. les exercices supplémentaires : de la même façon, donner aux élèves un devoir en plus dénature complètement la nature même d'un devoir. Eh oui! Un exercice ne doit pas être synonyme de punition. Sinon, en ce cas, les élèves auraient l'impression que l'école est une punition géante. Comment pourrait-il faire la différence entre un exercice-punition et un exercice-pas-punition?
3. la suppression de la récréation : Ouh la la! Grosse erreur que de supprimer la récréation d'un enfant. Imaginez que votre patron vous supprime votre pause café ou pire (certains me comprendront) la pause cigarette. C'est une véritable torture et pourtant beaucoup le font! Non, décidément, mauvaise idée ; d'autant plus qu'il faut ensuite en assumer les conséquences : l'élève qui n'a pas "soufflé" est donc encore plus agité et encore moins concentré. Il est donc susceptible de multiplier les bêtises alors que vous vouliez justement qu'il n'en fasse plus du tout!
4. le coin : non là vraiment vous n'y êtes pas! Cela fonctionnait dans les années 50 (et encore) mais aujourd'hui vous offrez justement l'occasion à l'élève fautif de se faire remarquer encore plus!

...et il y'en a bien d'autres!

Lorsque comme moi, vous débutez, vous êtes jeune et inexpérimenté (les élèves le savent bien), il faut donc procéder à un outil redoutable quoique primitif dans le fond : marquer son territoire. (et ça marche aussi auprès des collègues, si si!).
Imposez-vous! Vous êtes odieux dans les premières semaines et vous ne laissez rien passer! Pas même à la petite mignonne qui vous fait du rentre-dedans pour vous mettre dans sa poche! (la maligne!) RIEN!

Pour ma part, je n'ai pas suivi les conseils des grands pédagogues. Je donne des punitions bêtes : les lignes, partant du principe que " y a que ça qui marche". En attendant de trouver autre chose de plus pédagogique, tout en étant aussi efficace, voici une punition que j'ai donné à un élève la semaine dernière. Je vous laisse imaginer le contexte dans lequel il a pu l'avoir :

Imiter une poule ne répond pas à la consigne "souligne les verbes" (A copier 30 fois et à faire signer)

jeudi 4 novembre 2010

NT1 vs Etudiant

Et voilà, rentré de vacances.
Il faut savoir quelque chose en ce qui concerne les enseignants et leurs formations ; quelque chose que les parents ne savent pas et qui, à mon sens, est révoltant.

Le statut d'enseignant est en pleine phase de changement.
Avant 2009, pour passer le CRPE, entendez le Concours de Recrutement des Professeurs des Ecoles, il fallait remplir au moins une de ces deux conditions :
- Avoir une licence (un Bac +3)
- Avoir au moins trois enfants
Déjà, nous étions en plein délire! Je n'ai rien contre les femmes qui ont trois enfants mais avouez quand même que c'est à mourir de rire. Avoir trois enfants équivaut-il à une licence? Faire son devoir de mère, aussi difficile soit-il, peut-il justifier des connaissances et des compétences suffisantes pour passer un concours de la fonction publique? Franchement...
Bref, lorsque qu'un candidat devient lauréat au concours, il devient, rappelons-le, professeur des écoles stagiaire. Il est rémunéré et perd donc son statut d'étudiant.Il alterne entre stages de pratique, et cours inutiles à l'IUFM (l'Institut Universitaire de Formation des maîtres).
Durant cette année, il découvre donc en douceur les joies de notre métier et prend (assez rapidement) les rennes d'une classe. Il a un mémoire professionnel à rédiger et un certain nombre de travaux écrits à rendre. Si tout ce passe bien, il est ensuite titularisé. Il devient alors NT1, comprenez "nouveau titulaire première année". C'est un vrai prof quoi, qui a sa classe et tout et tout!

Sauf que depuis 2009, c'est fini! Nada! Tout est devenu très compliqué! On demande aux étudiants d'avoir un master (Bac+5) dans lequel chacun doit valider ses semestres (à coup d'examens à la pelle), de passer un concours (sous une autre forme). Ils ne sont pas rémunérés (ils sont étudiants), et payent comme tout le monde leurs droits universitaires (ils sont étudiants); On les balance dans des classes, seuls, sans expériences, sans aucunes connaissances (voire sans compétences!).

Le fin mot de l'histoire, c'est que je suis NT1 (j'ai eu mon concours avant 2009) et à ce titre, je suis titulaire d'une classe. Comme je débute, on m'impose un stage de trois semaines durant lequel je serai remplacé par .... (roulement de tambour)... un étudiant!
Un étudiant dont la seule expérience est d'avoir observé une classe pendant quatre jours. Il n'a jamais enseigné, sait très peu de choses sur notre métier et panique complètement à l'idée de prendre ma classe! Eh oui, car pour que le gâteau ait une belle cerise sur le dessus : cet étudiant me rencontre aujourd'hui (jeudi) pour me remplacer dès ... lundi. Une journée pour tout expliquer (comment ça fonctionne, ce qu'il faut faire, "c'est quoi un jeu collectif,", "les programmes, connaît pas!" etc. etc.)

Un étudiant qui fera de toutes façons de nombreuses erreurs (et c'est normal), qui va être envahi par les parents, les enfants, les collègues... bref, un étudiant qui, en trois semaines, a une chance sur deux pour être dégoûté du "plus beau métier du monde".

Allez, pour me calmer, unpetite VDM comme on les aime :


Question d'un élève : Aujourd'hui, je montre une ocarina à mes élèves (photo ci-contre au cas où). Je demande : "Comment s'appelle cet instrument de musique?"

Réponse d'un élève : "Bah c'est une flûte-caillou à trous"